C’est à la page 9 que Th. de Bèze explique l’euphonie du parler français, par l’attention de ne prononcer nullam geminatam consonantem.
A la page 10, il revient sur ce caractère général de notre langue[90].
«La prononciation des Français, mobile et rapide comme leur génie, ne se heurte jamais au concours des consonnes, ni ne s’attarde guère sur des voyelles longues. Une consonne finit-elle un mot? elle se lie à la voyelle initiale du mot suivant, si bien qu’une phrase entière glisse comme un mot unique.»
Ces deux passages évidemment se rapportent à la même idée, et renferment le vrai sens de geminata consonans. Il s’agit de les expliquer en les conciliant.
J’ai fait observer que les consonnes jumelles sont très-coulantes, et sont toujours placées au cœur des mots. J’ai demandé comment l’extinction de ces jumelles pouvait favoriser la liaison d’un mot à un autre.
Au contraire, que les consonnes consécutives, autres que jumelles, sont très-dures, munissent ordinairement les extrémités des mots, et, si on les veut articuler toutes, hérissent la phrase d’aspérités, et font un obstacle considérable à la liaison de ses éléments.
M. Guessard veut qu’il ne soit question que des consonnes jumelles. Je l’ai prié d’accorder son interprétation avec le texte complet, de m’aplanir ces difficultés. Il garde le silence.
Examinons, ai-je dit ensuite, la logique des idées de Bèze, et leur enchaînement, en prenant le sens de mon adversaire: le français est si antipathique à toute rudesse de prononciation, qu’il n’articule jamais les consonnes jumelles (qui sont très-douces); mais il a grand soin d’articuler les autres consécutives, comme st, sp (qui sont très-rudes); d’où il résulte que la prononciation des Français est pleine de mollesse, et que dans leur bouche une phrase entière glisse comme un seul mot.
Profond silence de M. Guessard.
Il se contente de dire, en termes vagues: «M. Génin sue sang et eau à défendre un contre-sens.» (Page 357.) Non, je ne sue ni sang ni eau; je cite en entier un texte que vous aviez tronqué. Je vous dis d’un grand sang-froid que votre sens mène à l’absurde. Que me répondez-vous?