Maintenant il s’agit de blâmer le même tort chez moi, et surtout de l’aggraver le plus possible:

«Tout autre que M. Génin, qui aurait pris pour sujet l’histoire de la formation de la langue française, aurait pu, sans trop d’inconvénient, négliger les dialectes; cette négligence n’était pas permise dans un livre sur la prononciation.» (Biblioth. de l’Éc. des chartes, janvier 1846, p. 198.)

Ainsi, en 1841, M. Guessard déclare le péché de M. Ampère irrémissible: Négliger les dialectes dans une histoire de la formation de la langue! ô ciel!.....

En 1846, je comparais à mon tour au tribunal de la pénitence. Aussitôt M. Ampère se trouve innocent, et l’anathème passe de sa tête sur la mienne: On pourrait sans inconvénient négliger les dialectes dans une histoire de la formation de la langue; mais dans les Variations du langage français, c’est impardonnable.

Cela ressemble un peu à la casuistique des révérends pères Jésuites, qui prisent si haut dans leur journal l’esprit charmant et la vaste érudition de M. Guessard. Comme eux, M. Guessard a ses principes de rechange, selon les temps et les gens; ce système n’est pas moins commode en critique qu’en morale, et je ne suis pas surpris que cette théologie prête la main à cette philologie: ce sont des sœurs qui s’embrassent: geminata consonans.

On vient de voir comment M. Guessard juge une moitié du livre de M. Ampère, la moitié d’emprunt; quant à l’autre partie, celle qui appartient en propre à l’auteur, écoutez le ton dogmatique de M. Guessard, présidant du haut de son tribunal infaillible:

—«Je vois un mauvais système mal appliqué, au fond; dans la forme, nul enchaînement, nulle suite, nul ordre rigoureux. Beaucoup de lecture et d’acquit, mais peu ou point d’intelligence directe du sujet. Du métier, de la science, si l’on veut, mais point d’études mûres et profondes sur les faits (des études mûres et profondes!); des généralisations indiscrètes[103]; trop de détails puérils ou faux.»

(Bibl. de l’Éc. des ch., octobre 1841, p. 101.)

En d’autres termes: Ce qui est de vous est détestable; ce qui est bon n’est pas de vous.

M. Guessard a-t-il, comme il y visait, détruit le livre de M. Ampère? Pas le moins du monde.