[82] Les Annales de Tacite débutent par un hexamètre: «Urbem Romam a principio reges habuere.» Le Miserere finit par un pentamètre:
Imponent super altare tuum vitulos.
Semper in obscuris quod minimum est sequimur.
(De regulis juris.)
[83] Parfois est bon, comme c’est possible. Lisez, au lieu de parfois, toujours, et au lieu de c’est possible, c’est certain, en attendant que M. Guessard fournisse une preuve du contraire. Un démenti n’en est pas une, si grossier qu’il soit.
[84] M. Guessard écrit toujours Quènes de Béthune, avec un accent grave sur l’e, ce qui force à prononcer caine de Béthune. La vraie prononciation est cane de Béthune (comme femme, fame); et lorsqu’on rencontre ce mot écrit en une syllabe quens, cuens, il faut prononcer can. Les Italiens disent de même: can-grande, can-francesco; facino-cane; can della scala. C’est un titre de dignité répondant à celui de bailli. Ce radical can appartient à la langue tartare, où il signifie roi, prince, chef: le grand khan de Tartarie commandait aux khans inférieurs; Gengis-khan. Les Huns et les Avares ont laissé chez nous ce curieux vestige de leur passage en Europe, au Ve siècle: les chroniqueurs latins du moyen âge ont traduit khan par canis, caganus, canesius: «Rex Tartarorum, qui et magnus canis dicitur.» (Chron. Nangii, ann. 1299.)—«Rex Avarorum, quem sua lingua cacanum appellant.» (Paul Warnefried, de Gest. Langob. IV, 39); «constituerunt canesios, id est baillivos, qui justitiam facerent.» (Magister Rogerius, ap. Cang. in Caganus.) De là est venu le français quens, l’italien can, et peut-être l’anglais can, et peut-être l’anglais king.
On voit, par cet exemple, de quelle importance est la recherche et le maintien de la prononciation véritable. Ce travail offre déjà bien assez de difficultés, sans y en ajouter encore comme à plaisir. Je me suis élevé souvent contre cette barbare manie d’introduire des accents dans les vieux textes: l’unique résultat possible est d’égarer le lecteur philologue, et d’effacer les dernières traces d’étymologie. Il serait si simple et raisonnable d’imprimer les manuscrits comme ils sont! Mais précisément par ce motif il est à craindre qu’on ne l’obtienne jamais des savants éditeurs. On vient encore de publier la Mort de Garin, où les mots que, ce, ne, sont figurés qué, cé, né, même lorsque l’e s’élide. Il faut bien être possédé de la fureur des accents!
[85] Bibliot. de l’Éc. des chartes, t. II (1846), p. 192.
[86] The Frenche men in theyr pronunciation do chefly regard and cover thre thynges: to be armonious in theyr spekyng; to be brefe and sodayne in sounding of theyr wordes, avoyding all maner of harshnesse in theyr pronunciation; and thirdly, to gyve every worde that they abyde and reste upon theyr most audible sounde....
And now touching the second point whiche is to be brefe, etc.... what consonantes soever they write in any worde for the kepyng of trewe orthographie, yet so moche covyt they in reding or spekyng to have all theyr vowelles and diphthongues clerly herde, that betweene two vowelles (whether they chaunce in one worde alone, or as one worde fortuneth to folowe after an other), they never sounde but one consonant at ones, in so moche that if two different consonantes, that is to say, nat beyng both of one sorte come together betweene two vowelles, they leve first of them unsounded.