Son cœur veut et ne veut pas…

Nonobstant la rigueur des dates, je veux me figurer que Racine le père lui-même se répétait « Reviens, pécheur… » alors qu’il dégustait, à la prise de voile d’une jeune religieuse l’exquise amertume de pleurer, ainsi que l’a chanté son neveu en volupté, mais trouble, Sainte-Beuve. Ah, que chantait-on à Saint-Cyr ? Et sur quels airs ? — Cependant ma voix suit les autres : mais le diable, qui ne veut pas me lâcher, me rappelle que cette langoureuse musique fut précisément tirée de Femme sensible, romance illustre vers 1800, et tout ce qui reste de l’opéra d’Ariodant, et presque de l’œuvre de Méhul. (Cette coutume de mettre des paroles pieuses sur des mélodies profanes date du moyen âge : on en voit le danger, que l’Église dénonça.) Mais comme tout cela s’arrange, diaboliquement : le poète d’Esther et celui de la Religion, et celui de Volupté, celui de Télémaque, et Femme sensible, et Le Génie du Christianisme, son contemporain en 1802 ; Saint-Cyr et Saint-Sulpice ! Il ne manque plus que Verlaine, celui de Sagesse, bien entendu. Or le voici ; en effet, usant des licences permises entre confrères, je me surprends introduire :

Voici des fleurs, des feuilles et des branches, Et puis mon cœur qui ne bat que pour vous[13] !

[13] Restituons loyalement son texte à Verlaine :

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches,

Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous…

Et rappelons la romance de Méhul :

Femme sensible, entends-tu le ramage

De ces oiseaux qui célèbrent leurs feux ?

Ils font redire à l’écho du bocage :