Le beau début, sans description oiseuse, sans pittoresque, où tout coopère à la conviction à implanter : un syllogisme ! Le développement suit :
« Cet « ombu » mesurait en hauteur une centaine de pieds, et pouvait couvrir de son ombre une circonférence de soixante toises[15]. Tout cet échafaudage reposait sur trois grosses branches qui se trifurquaient au sommet du tronc large de six pieds. Deux de ces branches s’élevaient presque perpendiculairement, et supportaient l’immense parasol de feuillage, dont les rameaux croisés, mêlés, enchevêtrés comme par la main d’un vannier, formaient un impénétrable abri ; la troisième branche, au contraire, s’étendait à peu près horizontalement au-dessus des eaux mugissantes… L’espace ne manquait pas à l’intérieur de cet arbre gigantesque : le feuillage, repoussé à la circonférence, laissait de grands intervalles largement dégagés, de véritables clairières, de l’air en abondance, de la fraîcheur partout. A voir ces branches élever jusqu’aux nues leurs rameaux innombrables, tandis que des lianes parasites les rattachaient l’une à l’autre, et que des rayons de soleil se glissaient à travers les trouées du feuillage, on eût vraiment dit que le tronc de cet « ombu » portait à lui seul une forêt tout entière.
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval met, toujours courant,
Cent ans à sortir de son ombre !!!
« A l’arrivée des fugitifs, un monde ailé s’enfuit sur les hautes ramures…, et quand ils s’envolèrent [ce sont des oiseaux-mouches, ç’aurait pu être chardonnerets et mésanges], il sembla qu’un coup de vent dépouillait l’arbre de toutes ses fleurs. »
Cependant le vent chasse le ciel, comme dit Rimbaud, et la nuit apparaît, nuit australe :
« Le fond noir du soir était déjà scarifié d’incisions vives et brillantes que les eaux du lac réverbéraient avec netteté. La nue se déchirait en maint endroit, mais comme un tissu mou et cotonneux, sans bruit strident, etc… »
Quelle sobriété dans la richesse, quelle précision de termes, et…, quand on songe que Jules Verne n’a jamais quitté sa Picardie, et qu’il nous décrit peut-être, tout simplement, quelque fier vieux noyer de la banlieue d’Amiens, quelle leçon pour les malades !