Chantons un chant nouveau !
Et puis encore, mais dans son triomphant final, L’Héroïque : puisque le mois de Marie est à la fois le mois de Jeanne d’Arc.
Et pour, à la façon du moyen âge, assembler un bouquet symbolique : au muguet des bois porte-bonheur, à la rose pompon qui est la rose de mai, nous joindrions les violettes moribondes, des églantines plus rouges que nature, et des roses de France unies aux lys splendides.
PROPOS D’UN PROFANE
L’Hiver, Noël, l’Épiphanie
L’accoutumance rend tout familier ; l’insolite, le contraste ravivent, renouvellent nos impressions amorties par l’accoutumance. Les citadins de plus en plus ne connaissent l’hiver que comme une époque de conforts, de lumière chaleureuse et d’une fièvre de plaisirs ; la neige virginale ne leur apparaît qu’à l’état de boue noire où naviguent les automobiles étincelantes ; leurs appartements feutrés, où la cheminée et son brasier de bûches est à peine un lointain souvenir, s’emplissent de la respiration imperturbable des radiateurs.
Mais la saison froide se manifeste d’autant plus poignante au citadin, quand elle le surprend dans les lieux qu’il n’a connus jusqu’alors que comme des décors de soleil et de joie. La campagne conserve pourtant encore une âpre majesté ; mais quoi de plus désolé l’hiver, et de plus désolant, qu’une station de bains de mer ?
Nous nous trouvâmes à Dieppe en un pareil moment. En été, le Parisien ne soupçonne de la patrie de Duquesne et de tous les corsaires, du « port damné » des Anglais de jadis, que la vasque superbe d’une rade vaste de plus d’une demi-lieue, une plage grouillante de toilettes claires, l’immanquable Casino hispano-chinois-mauresque et juste assez de bateaux pour rappeler qu’il est tout de même l’hôte d’un port… Football, golf, tennis, musiques, fêtes de fleurs, etc. Cependant l’automne survient, puis l’hiver ; Casino et hôtels ferment, tout s’éteint, se dépeuple, devient silencieux et mort, et la plage n’est plus qu’une grève immense et morne ; tandis qu’à l’autre bout se ranime le vieux port par la saison du hareng et l’arrivée des lourds bateaux scandinaves chargés de bois et de charbon. Le ciel se fait bas, tel qu’un infini champ de bataille de nuages noirs ; la mer est livide et terreuse, tourmentée perpétuellement ; la bourrasque devient l’état permanent, et c’est un incessant et sinistre dialogue entre la mer qui, formidablement mugit et le vent qui gémit et siffle. Sa bise froide envahit les rues noires, puis c’est la pluie interminable, puis les rafales de neige, puis la gelée terrible. En plein novembre, en plein décembre, surgissent de soudaines trombes de grêle, véritables mitrailles traversées de tonnerre et d’éclairs. Et la tempête s’en mêle, qui jette la mer jusque dans la ville, balaie le port, soulève l’eau des bassins, fracasse les barques, enlève comme des fétus les malheureux pêcheurs et même les passants qui s’approchent imprudemment des quais. On éprouve, tout grelottant et terrifié, cette sensation de fin du monde qu’a si mornement exprimée Nicolas Poussin dans le tableau du Déluge. C’est alors qu’apparaît un bienheureux refuge, l’obscure maisonnette des marins, qu’emplit un maigre feu de houille, que signale une faible lumière palpitante, à travers et neige et brume !
Comment ne pas songer de suite à la Crèche, à l’étoile de Noël ?
Et ils y songeaient nos bons aïeux, alors que les logis, les villages, les cités même, grelottantes et noires sous leur blanc linceul de neige, apparaissaient en hiver pareilles à cette ville, à ces maisonnettes que nous venons d’évoquer, image de l’étable où ils se ressouvenaient que leur Sauveur avait voulu voir le jour.