Aussi, tout ce mois de décembre — les quatre semaines de l’Avent — leur était une période de recueillement, d’attente, d’anxiété, de désir qu’exprime avec un si grand sentiment dramatique l’hymne admirable : « Rorate, cœli de super, et nubes pluant Justum ! » « Faites descendre, ô cieux ! votre rosée ; nuées, faites descendre le Juste ! » Chaque grande solennité de l’Église possède en effet et surtout possédait sa personnalité propre, et l’allégresse de Noël n’est pas absolument la joie bondissante de Pâques, là où toute la nature s’unit pour chanter le Resurrexit. Cette période, dont la nuit de Noël représente le sommet, semble célébrer particulièrement la virginité dans ce qu’elle offre de plus émouvant : la virginité martyre. Ne s’ouvre-t-elle pas en quelque sorte par la commémoration de sainte Catherine, dont son père se fit le bourreau ? Puis après celle de saint Nicolas, patron des jeunes garçons, elle s’achève au lendemain même de la nativité du martyr suprême, par celles du jeune saint Étienne et des saints Innocents, laquelle inspira au poète Prudence de si suaves accents, dont notre traduction donne une faible idée :

Salut, ô fleurs des martyrs

Qu’au seuil de votre journée

A moissonnées l’Ennemi !

Salut, ô fleur des hosties,

Vapeur, neige, cœurs de roses,

Tendre troupeau décimé.

Sous l’autel du divin Maître

Vous jouez avec vos palmes

Et vos guirlandes de fleurs !