»Près d’aborder, M. Caldwell envoya à terre l’un des deux prisonniers dûment accompagné, avec mission de bien faire comprendre aux habitants qu’on venait dans un but tout pacifique, et simplement pour s’enquérir de la dame qui avait été emmenée par les pirates. Le prisonnier avait fait à peine quelques pas qu’un boulet de quatre atteignit l’embarcation montée par M. Caldwell, dans la direction de sa personne; mais c’était un boulet mort, et il n’en résulta aucun mal. Le lieutenant Palisser considérant comme un risque inutile de passer sous le feu des Chinois, les embarcations se mirent hors de portée, mouvement que l’ennemi prit pour une retraite, car il poussa aussitôt des cris de triomphe, agita ses drapeaux en signe de défi. Nos hommes, conduits par M. Olivier, eurent bientôt pris terre; ils poursuivirent les Chinois de buissons en buissons et les chassèrent du village en leur tuant de neuf à douze des leurs. En explorant les maisons, on eut l’explication de leur résistance. On y trouva en grand nombre des boîtes de thé, des balles de riz, etc., etc., qui avaient fait partie de la cargaison du Caldera. Cela fait, les embarcations vinrent rejoindre le steamer rapportant quelques-uns des canons (pièces de quatre de fabrique anglaise) pris aux Chinois.
»La Lady-Mary-Wood retourna à Hong-Kong, le lundi, sans avoir accompli le principal objet de sa mission, c’est-à-dire la délivrance de Mme Fanny Loviot, emmenée par les pirates; mais M. Caldwell, nous assure-t-on, pense qu’elle ne peut être que dans le voisinage de cette colonie, ou, dans tous les cas, de ce côté de Macao, et il espère avoir bientôt sur elle des renseignements qui lui permettront d’opérer sa délivrance.
»Cependant, une seconde expédition a été chargée de compléter l’œuvre de la Lady-Mary-Wood. Le steamer Ann a quitté le port mardi matin, avec quatre-vingt-dix hommes du Spartan, sous le commandement des lieutenants Palisser, Morell et Stokes, accompagnés du chirurgien Bradsaw, qui avait aussi fait partie de l’expédition de la Lady-Mary-Wood. Il y a tout lieu de croire que cette nouvelle expédition retrouvera une grande partie du chargement du Caldera, et rendra bon compte de tous les villages de pirates qui existent dans l’île.
»Nous avons dit que le steamer Ann avait été frété pour une seconde expédition sur la côte occidentale, dans le but de compléter la destruction des villages des pirates et d’y reprendre tout ce qui pourrait s’y trouver de la cargaison du Caldera. Il revint au port le vendredi en faisant le signal tout va bien, et l’on apprit bientôt, en effet, que le steamer avait non seulement réussi dans le but mentionné plus haut, mais encore qu’il avait eu la bonne fortune de capturer la jonque dans laquelle Mme Fanny Loviot et le marchand chinois, faits prisonniers par les pirates, se trouvaient confinés. Voici les détails de cette capture, tels qu’ils nous ont été racontés:
»L’Ann, comme la Lady-Mary-Wood, arriva à une heure trop avancée de la soirée pour rien entreprendre ce jour-là. En conséquence, le lieutenant Palisser et sa troupe attendirent en repos jusqu’au lendemain matin. Mais, dès avant le lever du jour, les hommes s’installèrent dans les embarcations (la barge, la pinasse et le petit canot du Spartan) et se dirigèrent vers une jonque qui gagnait le rivage; l’équipage de cette dernière, se voyant poursuivi, s’enfuit en toute hâte vers la montagne; quand les embarcations, qui avaient continué d’avancer, furent dans son voisinage, elles tirèrent sur ladite jonque un coup de canon dont le bruit fit monter sur le pont la prisonnière française et le marchand chinois, qui furent ainsi miraculeusement délivrés. On sut depuis que la jonque était entrée le matin dans la baie pour y faire de l’eau. Deux autres jonques, chargées de volailles et autres produits, reçurent la chasse et vinrent aussi s’échouer sur le rivage. Abandonnées par leurs équipages, elles furent incendiées et détruites par les nôtres.
»L’expédition se dirigea ensuite vers le village de Choo-Koo-Mee, d’où les Chinois, à la première occasion, firent feu sur nos embarcations, qui, à leur tour, lancèrent quelques boulets parmi les maisons ruinées et les arbres, pour disperser les habitants qui pourraient avoir la témérité de résister; puis nos hommes débarquèrent. Un coup de canon lancé par les Chinois amena sur ce même point un certain nombre de matelots et de soldats de marine avec le lieutenant Palisser, et, tous ensemble, conduits par M. Sarrat, s’élancèrent par un étroit sentier vers le village. Une pluie de flèches et de pierres, et la décharge de neuf canons chargés de vieux boulets de fer, de pierres, etc., etc., les accueillit, mais ne leur fit aucun mal. Naturellement, on se précipita aussitôt sur les canons, dont on s’empara; quelques habitants furent tués à coups de fusil et de baïonnette; nos hommes, après avoir mis en sûreté une centaine de ballots de sucre et de thé appartenant au Caldera, détruisirent encore dans les environs un petit nombre de huttes qu’ils trouvèrent, puis ils mirent le feu au village, après quoi ils se rembarquèrent et regagnèrent le steamer.
»Le lendemain mardi, dans la matinée, les embarcations furent dirigées vers le village de Koo-Lan, qu’elles trouvèrent défendu par un fort solidement établi, armé de canons de 24 et de 32, dont plusieurs coups, habilement pointés, saluèrent leur approche, en même temps qu’une flotte de pirates, comptant vingt grande jonques, venait prendre position le long de la grève. Nos hommes ne demandaient qu’à les attaquer; mais le lieutenant Palisser, en présence d’une force si considérable, ne jugea pas prudent de le faire avec les quatre-vingt-dix hommes qu’il avait sous ses ordres, d’autant plus que le principal but de l’expédition avait déjà été atteint par cette poignée de braves, et l’Ann appareilla pour revenir à Hong-Kong. On eut bientôt lieu de se féliciter de cette sage détermination, car on a su depuis que, le lendemain matin, la première flotte de pirates de vingt jonques, dont nous venons de parler, avait été grossie par une seconde de quarante. Contre ces soixante jonques, la lutte eût été trop inégale, et, si l’Ann l’eût engagée, il est fort possible qu’elle n’en fût pas sortie à son avantage.»
Extrait de l’Overland Friends, of China.
«Nous avons promis, dans le dernier numéro, de plus amples détails sur l’expédition entreprise par le navire Ann, à la recherche des deux passagers enlevés du Caldera par les pirates, Mme Fanny Loviot et le marchand chinois. Nous regrettons de ne pouvoir donner de cette expédition un récit aussi ample que nos lecteurs auraient pu le désirer, surtout en ce qui concerne le traitement que les pirates ont fait subir à leurs deux prisonniers, traitement dont nous avons entendu parler comme d’une chose inouïe, et devant lequel nous nous arrêtons avec douleur, en pensant à la pauvre jeune femme qui en fut l’objet. On nous a affirmé que les barbares avaient jeté leur captive, dans une cabine peuplée de rats, d’araignées, de cancrolats, enfin d’insectes les plus immondes. Tout cela n’est-il pas fait pour exciter la curiosité et le plus vif intérêt?»
(Friend of China.)