Pour beaucoup d'artistes, la vue seule du souffleur suffit, Ils se disent qu'à la moindre absence cet humble leur «en verra le mot» et cela les tranquillise.
Et c'est cet homme, dont la collaboration est si nécessaire, le concours si indispensable, qu'on ne remercie même pas par un mot d'encouragement! Il serait bien heureux, pourtant, de lire son nom dans les feuilles, d'être seulement cité, fût-ce après la petite Trottoirine, dont l'opulent corsage fait seul le succès. Aussi, éprouvé-je le besoin de parler un peu de ce méconnu. C'est une classe si intéressante à étudier, que celles de ces gens modestes dont le seul agrément est la vue des mollets des petites femmes. Ah! dam, ce sont leurs petits bénéfices....
Mais en revanche, que de rebuffades, le souffleur doit-il essuyer!
Tel acteur qui ne sait pas un mot de son rôle et que cela rend furieux, à cause du directeur qui est à l'avant-scène, lui dit d'un ton bourru:
—Eh bien, quoi? Qu'attendez-vous? vous voyez bien que je suis en plan.
Tel autre qui, au contraire, sait à la lettre (c'est même là son seul mérite) veut faire le malin et lui dit impatienté:
—Mais saprelotte! ne me bourrez donc pas comme ça, vous voyez bien que je sais.
La plupart du temps, le souffleur est un ancien artiste qui, n'ayant pas réussi à prendre une place sur la scène, en a prise une dessous.
C'est souvent un homme de bon conseil, et que l'on consulte dans les cas de mise en scène embarrassants.