Un type bien amusant, c'est le souffleur gobeur.

C'est un jeune, celui-là ! Il n'est pas encore blasé et s'amuse dans son trou, plus que le titi qui a payé sa place.

Pour lui, la pièce est toujours nouvelle; il sait tous les rôles par cœur, y compris ceux des femmes et pourrait, à la rigueur, souffler sans brochure.

Il faut le voir pendant la pièce, soupirer avec l'amoureux, rire avec le comique, pleurer avec l'ingénue, maudire avec le père noble; il sanglote trépigne, chauffe le traître, encourage la duègne et s'oublie parfois jusqu'à crier au premier rôle: «Vas-y!»

Heureux enfant, qui croit que c'est arrivé! Laissons-le à ses chères illusions! Pleure, exulte, va! ça vaut mieux que de blaguer la situation!

Combien je préfère ce souffleur convaincu à celui qui la fait au blasé!

Voyez-le dans sa niche, renfrogné, regardant dédaigneusement les artistes et semblant leur dire:

—Êtes-vous assez mauvais!

N'encourageant jamais personne, ne disant du bien que des morts et ne manquant jamais l'occasion de s'écrier, si l'on vient à lui parler de Saint-Germain: