—Ah! si vous aviez vu Arnal!
Un souffleur extraordinaire, c'est le père Ronflard.
Très curieux. Notre bonhomme dort en soufflant ou souffle en dormant, comme il vous plaira; pendant l'entr'acte, au lieu d'aller siroter le mêlé-cassis chez le concierge du théâtre, buvetière de messieurs de l'orchestre, machinistes et autres employés, il reste enfoui dans le fond de sa boîte et dort du sommeil du juste, jusqu'au moment précis où le rideau se lève; et ce n'est pas la sonnette qui l'a réveillé, non plus que la petite polka-vinaigre jouée par l'orchestre: c'est l'instinct. Il ouvre l'œil au moment voulu; son somme est mesuré.
Souffler est extrêmement difficile.
Il faut connaître les acteurs, pour les bien souffler; avoir étudié leur caractère, possédé leur tempérament, en un mot, savoir à quelle nature, on a à faire.
Le véritable souffleur doit voir, lorsque l'artiste entre en scène, dans quelles dispositions d'esprit il se trouve.
S'il est gai, porté aux cascades, disposé à ajouter au texte, alors, lui laisser la bride sur le cou.
S'il est au contraire, morose, ennuyé, chagrin par suite d'ennuis de famille ou de discussions avec l'administration, l'encourager, souligner ses effets, approuver son jeu.
Si l'artiste est traqueur, ne pas le lâcher, le tenir serré, afin qu'il se sente «soutenu.»