Suivant le conseil du vice-roi, j’avais réservé pour les puissances étrangères une partie des actions. Mais la France, à elle seule, en a eu, sur la totalité, 220 000, l’équivalent de 110 millions.
J’ai été, pendant le cours de cette souscription, témoin de faits assez curieux et pleins de patriotisme.
Deux personnes demandaient à souscrire. L’une était un vieux prêtre chauve, sans doute ancien militaire, qui me dit :
« Ces …… d’Anglais. (On rit.) Je suis heureux de pouvoir me venger d’eux en prenant des actions sur le canal de Suez. » (Très-bien !)
L’autre, qui vint dans nos bureaux, était un homme bien mis, je ne sais quelle était sa profession :
« Je veux, dit-il, souscrire pour le chemin de fer de l’île de Suède.
— Mais, lui fit-on observer, ce n’est pas un chemin de fer, c’est un canal ; ce n’est pas une île, c’est un isthme ; ce n’est pas en Suède, c’est à Suez.
— Cela m’est égal (nouveaux rires), répliqua-t-il ; pourvu que cela soit contre les Anglais, je souscris. » (Très-bien, très-bien.)
Le même entrain de patriotisme se rencontra chez beaucoup de curés, chez les militaires.
A Grenoble, tout un régiment du génie s’est cotisé pour avoir sa part dans cette œuvre éminemment française.