Tolstoï nous dit que le christianisme dans sa vraie signification détruit l'État comme tel, et que c'est pour cela qu'on a crucifié le Christ. Et certainement, du jour où le christianisme fut établi comme religion d'État, le christianisme fut perdu. Il faut choisir entre l'organisation gouvernementale et le vrai christianisme qui est plus ou moins anarchiste. Qu'est-ce qu'enseigne l'apôtre saint Paul quand il dit que le péché est venu par la loi, et dans l'Épître aux Romains (ch. IV, v. 15): «Où il n'y a pas de loi, il n'y a pas de péché.» Oui, les ennemis de toute loi et de toute autorité peuvent faire appel à la Bible, qui considère la loi comme un degré inférieur du développement humain.
Un État suppose toujours deux partis dont l'un commande et l'autre obéit; ce qui est le contraire du christianisme primitif, qui nous enseigne que personne ne doit commander car nous sommes tous des frères.
Il est possible que l'État ait été nécessaire à une certaine époque, mais la question est aujourd'hui de savoir si désormais l'État est un obstacle au progrès et à la civilisation, oui ou non. Les divers raisonnements sur ce sujet sont curieux. Quand on demande à quelqu'un: Avez-vous personnellement besoin de l'État et de ses lois? on reçoit toujours la même réponse. L'État ne m'est pas nécessaire, mais il est nécessaire pour les autres. Chacun défend l'existence de l'État, non pour soi-même, mais pour les autres. Cependant ces autres le défendent de la même manière. Donc, personne n'a besoin de l'État et cependant il existe et il persiste. Quelle folie!
Les non-résistants en Amérique ont un catéchisme dans lequel ils se montrent en tant que chrétiens les ennemis acharnés de toute autorité, et ils sont aussi conséquents qu'un anarchiste peut l'être.
Écoutez seulement:
«Est-il permis au chrétien de servir dans l'armée contre les ennemis étrangers?»
Certainement non, cela n'est pas permis. Lui est-il permis de prendre part à une guerre et même aux préparatifs de cette guerre? Mais il n'ose pas seulement se servir d'armes meurtrières. Il n'ose pas venger une offense, soit qu'il agisse seul, soit en commun avec d'autres.
Donne-t-il volontairement de l'argent pour un gouvernement, soutenu par la violence, grâce à la peine de mort et à l'armée?
Seulement quand l'argent est destiné à une oeuvre juste en elle-même et dont le but comme les moyens sont bons.
Ose-t-il payer l'impôt à un semblable gouvernement?