Le lendemain matin, il faisait encore nuit noire quand l’ermite me réveilla.
—Allons, debout! me dit-il. Il s’en va quatre heures, et nous avons de la besogne à Notre-Dame de Cavimont.
Notre-Dame de Cavimont!
J’écarquillai les yeux et sautai à bas de ma couchette. En deux minutes, je fus habillé. Un oignon doux, saupoudré de sel, m’attendait sur la table de la cuisine; je le happai, ainsi qu’une épaisse tranche de pain taillée dans la miche pour moi. Je suivis Barnabé très-impatient de partir.
Au moment où le Frère fermait, refermait l’ermitage, je sentis quelques gouttes d’eau me tomber sur la figure et sur les mains.
—Ah! mon Dieu! m’écriai-je, il pleut!
—Pas assez pour mouiller un oiseau dans son nid, répondit Barnabé. Le vent est en bonne pointe, mon pétiot; quand le jour se lèvera, nous aurons un ciel clair comme une vitre.
Il me saisit par la main et nous nous hâtâmes vers le sentier qui, du plateau de Saint-Michel, descend vers la vallée d’Orb par d’interminables détours. En passant devant la chapelle, je distinguai dans l’ombre brouillassante une forme bizarre qui remuait légèrement. Je ne fus pas maître de contenir un frisson.
—Tu ne reconnais donc pas ton ami Baptiste? me dit l’ermite.
L’âne, en effet, vint à nous; il était bridé, bâté, et portait, collés à ses flancs, deux énormes paniers en osier farcis jusque par-dessus les bords.