«M. Biard, au contraire, incarne en lui la plus lamentable déviation de l'esprit français; quand le bourgeois de Paris se met à être bête, Dieu sait s'il l'est plus qu'aucun bourgeois du monde: M. Biard est le plus plat des bourgeois de ce temps. Il a toute la gravité de M. Prud'homme. C'est le pitre du pinceau, un queue-rouge, un bouffon, un grimacier lugubre. Nous savons ce qu'est Mon voisin Raymond avant que Paul de Kock fasse crever sa culotte, et la grossièreté de l'accident est sauvée par les détails qui le précèdent. Chez M. Biard, aucune précaution: la brutalité de ce jocrisse excessif ne connaît ni ménagements ni mesure. Il développe la laideur, non dans le sens du caractère, comme fait Daumier, par exemple, mais par complaisance pure pour la laideur même. Il ne conçoit pas, ce pauvre homme, qu'on puisse rire sans se tordre, exprimer un sentiment intérieur sans tirer la langue, équarquiller les yeux, hérisser les cheveux, convulser le corps tout entier. Et remarquez qu'avec cette grossièreté des moyens il n'atteint pas même une vérité triviale. Sa Bourse est au-dessous de la réalité, son Plaidoyer en province n'a jamais pu être plaidé par personne. Tout cela est glacé, faux, pénible, outré, navrant, et je m'étonne que cela puisse encore faire rire quelques sots.

«Et dire que ce barbouilleur est décoré depuis 1838, pour ses œuvres, et qu'il a gagné, par ses œuvres, dix fois plus d'argent que Poussin!»

(Figaro-Programme.)

Henry de la Madelène.

Autre guitare!

Je trouve dans le journal l'Exposition une lettre de M. Millet, adressée à M. Théodore Pelloquet. Cette lettre est tout un programme où le peintre démontre qu'il faut chercher dans la peinture autre chose que la peinture.

Je ne suis pas du tout, du tout, de cette opinion.

Je vais d'abord citer la lettre et l'analyser ensuite

«Monsieur,

«Je suis très-heureux de la manière dont vous parlez de mes tableaux qui sont à l'Exposition. Le plaisir que j'en ai est grand, surtout à cause de votre façon de parler de l'art en général. Vous êtes de l'excessivement petit nombre de ceux qui croient (tant pis pour qui ne le croit pas), que tout art est une langue et qu'une langue est faite pour exprimer ses pensées. Dites-le, puis redites-le, cela fera peut-être réfléchir quelqu'un; si plus de gens le croyaient, on n'en verrait pas tant peindre et écrire sans but. Y a-t-il pourtant rien de plus insipide et de plus écœurant que de montrer seulement le plus ou le moins d'habitude qu'on a de l'exercice d'une profession? On appelle cela de l'habileté, et ceux qui en font commerce en sont grandement loués. Mais de bonne foi, et quand même ce serait de la vraie habileté, est-ce qu'elle ne devrait pas être employée seulement en vue d'accomplir le bien, puis se cacher bien modestement derrière l'œuvre? L'habileté aurait-elle donc le droit d'ouvrir boutique à son compte?