Depuis vingt ans, je crois, il lutte, observe, recommence, sans se lasser, toujours heureux d'entrevoir seulement une étude un peu plus approfondie d'un effet de la nature. Un nuage qu'il ne connaissait pas encore, qu'il n'avait pas rencontré dans un tableau, le rend fou de joie. Il est le plus sincère amoureux du paysage. Dans tous ses tableaux on trouve quelque secret de jour ou de crépuscule, de pluie ou de vent, pris à la nature. Voilà un peintre convaincu et vraiment voué à son art, un chercheur éternel, un trouveur, même, indiscipliné, qui méritait bien d'être évincé par les professeurs gardés par les fameux lions riants et bouclés, symboles de l'Institut.

Tant que ces lions inonderont les portiques de ce temple, les académiciens seront les mêmes.

Les trois paysages de M. Chintreuil sont des plus beaux qu'il ait faits.

Il n'y a pas de saison qui tienne, on entre dans la saison qu'a peinte M. Chintreuil. Nous sommes en juin, mais quand nous regardons le paysage représentant un coup de vent dans une forêt en novembre, nous sommes en plein novembre. C'est désagréable, mais le peintre connaît si bien son calendrier qu'il en joue à son gré.

Le rejet des trois tableaux de M. Chintreuil est un jet de salive qui retombe sur le nez du jury.

M. Julian a beaucoup de talent. On lui a refusé deux portraits très-bien faits et un tableau savamment peint, qui excite la joie, l'ironie de baudruche et l'indignation du public.

Le peintre a eu raison de mettre au bas de son tableau une strophe explicative, autrement, quoique la peinture soit une langue, on ne comprendrait jamais le sujet.

Voici les vers célèbres d'Alfred de Musset:

Assez dormir, ma belle,
Ta cavale, Isabelle,
Hennit sous tes balcons.
Vois les piqueurs alertes,
Et, sur leurs manches vertes.
Les pieds noirs des faucons.

Les balcons, la cavale, les manches vertes des piqueurs, eux et les faucons aux pieds noirs, on ne voit rien de tout cela dans le tableau.