Il n'en a pas été ainsi cette année:

Les cris des peintres, leurs réclamations se sont élevés du fond des marais jusqu'aux oreilles de l'Empereur. Les plaintes parvenues à cette hauteur ont obtenu justice. En vain le jury, souriant et haussant doucement l'épaule, disait:

«On verra si nous n'avions pas raison!»

En effet, on le verra.

Cette grave et éternelle question du jury et même du jugement ne sera donc jamais résolue? Nous la verrons éternellement plantée devant nous. Elle nous ennuiera toujours.—Où est-il, le jugement dernier? Le voici,—par décision impériale.—Les refusés seront acceptés ou exposés. Les exposés ou acceptés, seront exposés comme les refusés.

Donc les acceptés et les refusés, les exposants et les exposés, qui sont à peu près également exposés et exposants, ont pu lire dans le Moniteur du 24 avril 1803 l'extrait suivant:

«De nombreuses réclamations sont parvenues à l'Empereur au sujet des œuvres d'art qui ont été refusées par le jury de l'Exposition. Sa Majesté, voulant laisser le public juge de la légitimité de ces réclamations, a déridé que les œuvres d'art qui ont été refusées seraient exposées dans une autre partie du Palais de l'Industrie.

»Cette Exposition sera facultative, et les artistes qui ne voudraient pas y prendre part n'auront qu'à en informer l'administration, qui s'empressera de leur restituer leurs œuvres.

»Cette Exposition s'ouvrira le 15 mai. Les artistes ont jusqu'au 7 mai pour retirer leurs œuvres. Passe ce délai, leurs tableaux seront considérés comme non retirés, et seront placés dans les galeries.»

A cette nouvelle la joie des artistes fut grande, mais leur indécision plus grande encore.