«A ces mots les lions deviennent des tétards.»
La fameuse question du jury fit place à celle-ci: «Exposerons-nous, ou non?—Nous acceptons-nous, ou ne nous acceptons-nous pas? Nous montrerons-nous aussi rigoureux envers nous-mêmes que le jury? Ce serait lui donner raison. Nous nous acceptons. Mais d'autre part regardons-nous bien: nous ne nous acceptons pas!»
Finalement, les uns ont été non indulgents, mais justes, en s'acceptant,—et les autres aussi en se refusant. Que leurs ouvrages soient bons ou mauvais, peu importe. Ceux qui veulent se voir et se montrer le peuvent. Ils en appellent du jury qui n'est pas tumultueux, au public qui n'est pas attentif. Il est vrai qu'ils n'admettraient guère le jugement de tout le monde, s'il n'était conforme à celui du jury. C'est la loi de nature,—plus que de s'entr'aider.
Eh bien! je vais dire une chose qui va m'étonner, je suis de l'opinion des peintres,—des peintres refusés par le jury qui s'acceptent tout seuls et s'exposent. Certes le jugement du public à tête de veau n'est pas plus sûr que celui du jury palmé, ni que celui des esthétistes et des critiques d'art raisonneurs; mais un objet d'art doit être vu de tout le monde, sans excepter les imbéciles; il doit se manifester, afin de se constater lui-même. C'est sa condition d'être. Il y a toujours trois ou quatre personnes qui comprennent et sauvent un chef-d'œuvre.
Les Refusés insoumis ont raison, comme tous les insoumis en tout genre. Ils luttent au moins. C'est le seul moyen, la seule chance qu'ils aient de pouvoir avoir raison. Que leurs armes, leurs œuvres soient mauvaises, tant pis! Ils n'ont pas peur. Oui, M. Brivet lui-même, que des loustics appellent le vétérinaire Brivet ou Brivet-le-Gaillard, M. Brivet lui-même, élève de M. Yvon, a raison d'exposer ses types de chevaux.—Ces chevaux sont de véritables types, en effet; ils sont de toutes couleurs et semblent avoir uniformément des molletières de zouaves. J'aurai la hardiesse de dire que, malgré leur comique et leur puissance d'attirer le monde, on les trouve mauvais. Mais si leur auteur les trouve bons, qui peut lui prouver qu'ils sont détestables?
Les peureux, les poltrons, les couards, qui ont remporté leurs tableaux, (comme dans le peuple on dit: remporter une veste), n'ont fait qu'une révérence de plus au jury. Ils ont traîtreusement abandonné leurs frères d'armes, le bataillon en sabots... des Refusés, soit,—mais des Refusés qui combattent!
«Ce catalogue a été composé en dehors de toute spéculation de librairie, par les soins du comité des artistes refusés par le jury d'admission au Salon de 1863, sans le secours de l'administration et sur des notices recueillies de tous côtés et à la hâte. Un certain nombre d'artistes n'ayant point eu sans doute connaissance de sa préparation, soit qu'ils aient été absents de Paris, soit que les avis publiés par l'Opinion Nationale, la Patrie, le Temps, la Presse, le Siècle, le Moniteur des Arts, etc, ne soient point parvenus jusqu'à eux, ce catalogue n'a pu être rendu aussi complet que l'eût désiré le Comité.»
«En livrant la dernière page de ce catalogue à l'impression, le Comité a accompli sa mission tout entière; mais en la terminant, il éprouve le besoin d'exprimer le regret profond qu'il a ressenti, en constatant le nombre considérable des artistes qui n'ont pas cru devoir maintenir leurs ouvrages à la Contre-exposition. Cette abstention est d'autant plus regrettable qu'elle prive le public et la critique de bien des œuvres dont la valeur eût été précieuse, autant pour répondre à la pensée qui a inspiré la Contre-exposition, que pour l'édification entière de cette épreuve, peut-être unique, qui nous est offerte.»
Les membres du Comité,
Chintreuil,
Desbrosses, (Jean),
Desbrosses,
Depuis (P. Félix),
Junker (Frédéric),
Lapostolet,
Levé,
Pelletier (Jules).