Nous ne comprenions rien à la scène.
—Quelle épée? quel amiral? questionnâmes-nous.
Alors Baptiste expliqua: Son Excellence le prince de Fourcamadan, bisaïeul de défunt M. le comte, était le propre père du commandeur de Malte, de la branche aînée, cousin lui-même du Légat du pape et arrière-petit-neveu du Connétable qui, le premier, entra dans Byzance à la tête de l’armée du Christ, et voilà l’épée qu’il portait sur le pont du vaisseau le Grand-Dauphin, à la bataille de Stromboli.
Et Baptiste nous conta ensuite, par le menu, comment il avait retrouvé la sainte chose, en pratiquant des recherches dans les oubliettes de la tour de l’ouest, avec la prescience qu’il devait y avoir là d’augustes vestiges du passé. Le marquis, mon oncle, fut si ému qu’il embrassa Baptiste en l’appelant: noble serviteur, et que la comtesse, ma mère, décida qu’il cesserait de faire partie de la livrée et mangerait dorénavant avec nous sur une petite table voisine de la nôtre. Puis la comtesse, ma mère, et le marquis, mon oncle, me firent jurer sur l’épée de l’amiral et devant le portrait de feu le comte, mon père, qui était le quatorzième à gauche dans la galerie du Nord que je serais marin à mon tour. Six ans plus tard j’entrai au Borda.
Il convient d’ajouter qu’un ami sceptique, ayant eu l’idée, un jour, d’écrire au commandant du Borda et de requérir de son obligeance quelques renseignements, reçut la communication suivante:
École Navale
VAISSEAU LE BORDA
Le Capitaine de vaisseau
commandant.