Ce catholique, qui à quelqu’un lui faisant observer que procréer, à reins que veux-tu, des enfants voués d’avance, par son absence de tout pécule et son horreur du travail, à une existence d’esclaves ou de deshérités, n’était ni humain, ni charitable, ni même paternel, répondit un jour:—Le christianisme! Mossieur, ordonne d’engendrer; ce christilâtre qui déclarait d’autre part que s’il avait écrit la prière sur l’Acropole, il n’aurait plus d’autre ressource ni d’autre expiation que le suicide ou se faire chartreux, vécut donc chez la Gougnol des jours consolateurs de toutes les disettes et de tous les déboires passés. Malheureusement l’amant sérieux qui entretenait encore la catin quadragénaire finit par trouver la chose sans agrément. Il coupa les subsides, renversant la huche. Et c’est pourquoi—le théâtre ayant fait faillite—Molaert présentement lui envoyait des témoins, afin de le sommer d’avoir à servir à nouveau la mensualité nourricière ou à trembler devant son épée.

L’Exégète belge n’avait pas cru pouvoir mieux choisir qu’en désignant comme témoins, Siemans, un compatriote, et le noble comte dont le nom jetterait sur cette affaire un lustre indéniable.

—L’adversaire de Molaert est un lâche, disait Fourcamadan; le voilà qui se dérobe piteusement. Il excipe que notre client n’est plus qualifié pour faire tenir un cartel à qui que ce soit. Alors, mon cher, nous allons porter la chose devant un jury d’honneur. Et nous vous avons choisi comme arbitre.

Enchanté de la chose, Médéric Boutorgne, faisait néanmoins le dégoûté.—Oh! vous savez, moi, je ne suis pas très calé sur Châteauvillard.—Il ne s’agit pas de cela, mon vieux, intervenait Siemans qui défendait la corporation, si le bonhomme de Madame Gougnol, ne marche pas, Molaert va lui casser la g..... et il sera dans son droit. Donc, rendez-vous, demain six heures avec son arbitre, au café Napolitain, la table à gauche de celle de Mendès...

Le lendemain, l’amant sérieux n’ayant dépêché aucun juge d’honneur et s’étant contenté d’adresser, sur les huit heures, au comte de Fourcamadan, un bleu que le garçon apporta et dans lequel il disait que toute constitution de témoins ou de tribunal, pour une rencontre avec Molaert lui semblait superflue, «puisque la pêche étant fermée, il ne pouvait choisir la ligne de fond et que, retenu par des affaires pressantes, il redoutait d’arriver en retard et d’être obligé ainsi de se passer son épée au travers du corps, comme Vatel pour avoir manqué la marée», la société se mit en devoir de rédiger, de suite, un procès-verbal de carence. Après avoir pris l’avis de notables escrimeurs présents, après avoir requis les lumières de deux ou trois fleurets célèbres du Cercle de l’Escrime ou de la salle Tabadil, la conduite de celui qui se refusait à affrêter désormais l’helléniste et sa maîtresse sur le retour fut définie comme il convenait, avec des adjectifs sans bienséance et de flagellantes épithètes. Puis Siemans et Fourcamadan portèrent la chose aux journaux avec des «prière d’insérer» contresignées par quelques-uns de leurs amis des rédactions.

Est-il utile de spécifier qu’une bonne moitié des affaires d’honneur du boulevard ont pour motif des conflits d’ordre similaire?


V

Les infusoires du croupissement...