Cependant, à la digestion, ne lui laissèrent-elles pas quelques aigreurs? La négative serait aventurée.

Ouvrons en effet les Fleurs du Mal (première ou seconde ou troisième édition) et relevons les noms des dédicataires. L'ensemble du volume est dédié à Gautier, trois pièces sont dédiées à Victor Hugo, deux au sculpteur Christophe, une autre à Banville, une autre à Constantin Guys, une autre à Maxime du Camp.

Mais à Sainte-Beuve pas une seule, malgré les témoignages d'admiration que prodiguait Baudelaire, dans ses lettres, au poète de Joseph Delorme.

Consultons la Revue Fantaisiste où parurent de Baudelaire les Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains. Ces Réflexions ont pour sujets Banville, Barbier, Desbordes-Valmore, Pierre Dupont, Flaubert, Gautier, Victor Hugo, Leconte de Lisle, Le Vavasseur, Paul de Molènes, Pétrus Borel. Mais de Sainte-Beuve pas trace.

Compulsons le recueil des Poètes Français de Crépet où l'anthologie de chaque poète s'orne d'une étude sur son œuvre. Baudelaire a signé plusieurs de ces notices. Sainte-Beuve y a, bien entendu, la sienne. Mais elle n'est pas signée: Baudelaire. Elle est signée: Babou.

Feuilletons enfin les œuvres complètes de Baudelaire, fouillons, scrutons ligne à ligne. Dans les sept volumes, nulle part le nom de Sainte-Beuve n'est cité.

Omissions trop répétées pour qu'on les croie dues au hasard.

Il est plus probable qu'elles furent voulues et que, par ce mutisme obstiné, Baudelaire entendit rendre à Sainte-Beuve ce qu'on appelle «la pareille».

Ici s'accuse nettement la différence de procédés entre les écrivains de haute classe et les subalternes.

Négligé par Sainte-Beuve, un Babou s'exaspère, accuse, invective.