Et Charlie, tout décontenancé par ces moqueries affables, par le souvenir aussi d'où il revenait, protestait, en souriant, que son père se trompait, que ce n'était pas du tout ce qu'il croyait, non, pas du tout, mais les obstacles, uniquement les obstacles, et après, un galop avec son ami Alain Marroy, un dernier tour aux Poteaux qui l'avait entraîné plus loin qu'il ne fallait.

—Oui, oui, c'est ça! accorda Lahonce d'une voix sarcastique. C'est ça... C'est ce diable de Marroy!...

Et il ajouta:

—Ah! au fait, n'oublie pas que c'est mardi ce soir, que c'est soir aux Français... Tu viens avec nous, n'est-ce pas?

—Certainement, fit Charlie.

Il avait rattrapé le service, terminé son dessert.

Mme Lahonce repoussa sa chaise. On se leva et on passa pour le café dans le vaste hall de l'hôtel où les trois hautes fenêtres, grandes ouvertes, laissaient pénétrer l'air tiède et neuf du dehors.

Sitôt son café bu, Lahonce était sorti. M. Brodin s'avança vers Charlie qui fumait une cigarette, accoudé à la fenêtre, et lui tendant un journal:

—Tiens, fit-il, tiens, lis-moi cela... C'est une aventure peu ordinaire: une fille qui a empoisonné sa mère pour garder à elle seule un homme qu'elles aimaient toutes les deux... Lis-moi cela et dis-moi un peu ce que tu en penses, monsieur le philosophe!...

Charlie prit le journal et se mit à parcourir l'article indiqué, pendant que M. Brodin, les mains derrière le dos, arpentait fièvreusement le hall, comme dans l'attente d'un verdict.