—Avenue d'Iéna, 15, dit-il au cocher, en montant dans le fiacre.
Favierres, très pâle, refermait la portière d'une main, pendant que de l'autre il soulevait son chapeau.
—Au revoir, Madame! murmura-t-il, comme la voiture s'ébranlait.
—Au revoir, Monsieur, fit à mi-voix Mme Lahonce, s'inclinant en avant de Charlie disparu, renfoncé dans l'encoignure.
Et le fiacre indifférent emporta la mère et le fils, au lent petit galop de son pur sang étique.
Au bas de la pente du Trocadéro, la voiture avait pris le pas.
—Tu permets que j'ouvre? dit Charlie en baissant la glace poussiéreuse.
Et il se mit à considérer distraitement les passants, le long de l'avenue montante et verdoyante: des ouvriers revenant du travail, de bons vieux à faces molles qui rentraient pour dîner—et des mères avec leurs enfants, avec de petits garçons en marin, tout semblables à lui, jadis, d'autres petits Charlie peut-être, qu'un jour le hasard féroce instruirait.
Il pencha la figure dehors davantage. Les pommettes lui brûlaient. Il étouffait. Il aurait aimé respirer un autre air que celui-là, l'air plus léger et plus pur d'un autre monde surnaturel où on l'eût transporté par miracle. Seulement, ce dont il souffrait, ce n'était plus du passé révolu, accompli. C'était le présent qui le torturait maintenant, l'idée obsédante que Favierres restait encore, venait d'être tout à l'heure, sans doute, l'amant de Mme Lahonce, oui, l'amant de sa mère.