Il se le redisait fiévreusement, il se le répétait comme un cri machinal de douleur:

«Il est son amant!... Il est son amant, son amant!...»

Et ce mot n'évoquait pas en lui ces pensées abstraites ou poétiques, ces pensées incertaines ou badines qu'il suggère d'habitude. Ce mot affaibli, déformé, ne lui représentait pas uniquement un Favierres galant, courtiseur, empressé à satisfaire tous les caprices, toutes les volontés de Mme Lahonce qui le chérissait en cachette.

Non, après le rendez-vous avec Mme de Fleur, au sortir du lit même, des baisers, des caresses épuisantes, Charlie se souvenait trop nettement, d'une façon trop sauvage et trop positive, pour s'abuser, s'illusionner sur ce qu'être un amant signifiait.

Non, Favierres était bien cela. Favierres, l'instant d'avant, sûrement, avait fait comme lui. Il avait reçu Mme Lahonce dans une chambre louée. Il l'avait ensuite presque entièrement dévêtue. Il avait couvert de baisers ses seins nus. Il l'avait poussée doucement vers un lit. Il l'avait...

«Oh!... oh!...»

Avec un frisson d'horreur, Charlie se rejeta en arrière, comme pour ne pas voir, comme pour fuir le spectacle de ces profanations.

Il n'avait plus de colère contre Mme Lahonce, ni contre Fav, ni contre leurs complots anciens.

Il éprouvait plutôt de la répulsion, un dégoût terrifié, une folle révolte de pudeur offensée, à revoir sans cesse, malgré lui, sa mère prise, sa mère nue, sa mère insoupçonnable et bien-aimée souriant de malice ou pâmée de plaisir entre les bras fervents de Favierres.

Il essaya de chasser l'image tenace, de la maîtriser, de s'en débarrasser par des raisonnements. Il ne pouvait pas.