Au dedans de lui, dans cet esprit si prêt, si bien muni, si fier, c'était le désordre, la dévastation, la mêlée des idées en déroute. Aucune ne subsistait. Au premier choc, au premier combat de la vie, toutes les défenses provisoires et les fragiles philosophies,—opinions, doctrines, systèmes, il semblait que tout eût d'un trait cédé, fléchi, sauté, en confus désarroi. Et à la place, à présent, il ne retrouvait plus qu'une douleur bourgeoise, une vulgaire angoisse, un sentiment vainqueur, puissant comme la nature: la honte que sa mère eût failli.

Un soupir de Mme Lahonce le fit tout à coup tressaillir. Il crut qu'elle allait s'expliquer, s'excuser, se plaindre,—dire quelque chose enfin sur la terrible chose.

Mais non, elle se taisait. Et dans le carreau de la voiture qui la reflétait mouvante, cadavérique et glauque, Charlie, en se retournant, l'aperçut avec sa même expression du départ, sa même tragique figure de la rencontre, sa même bouche oblique, comme tordue de paralysie, et ses mêmes yeux au ciel, ternis et déchirés d'une étrange déchirure de deuil.

«Comme elle souffre! songeait-il, comme elle est malheureuse!...»

Toute sa tendresse filiale un instant refoulée par la pudeur native, par les instincts décents et les principes moraux, se rebellait, lui refluait au cœur en flots amollissants. Il avait un remords de n'avoir point parlé. Il regrettait son silence sans pitié, ces longs instants taciturnes où Mme Lahonce devinait certainement en quels rêves de souillure s'absorbait son mutisme opiniâtre. Il saisit la main de sa mère et murmura:

—Maman!... maman!...

—Quoi, mon enfant? fit Mme Lahonce d'une voix mourante.

Charlie ne répliqua pas. Il la regardait dans la vitre incolore, il voyait ses yeux éperdus reluire peu à peu sous le cristal des larmes.

—Maman! reprit-il... Maman... ne pleure pas!... Je t'en supplie, ne pleure pas!

Mme Lahonce lui pressa la main d'une étreinte écrasante. Il l'attirait, l'embrassait de légers baisers sur ses joues où les larmes faisaient une trace claire. Il répétait: