—Et qu'est-ce que tu as? insista M. Brodin.

Charlie s'excusait négligemment:

—Je suis fatigué... Je ne sais ce que j'ai... C'est le printemps, le changement de saison, je suppose...

M. Brodin haussa les épaules:

—Le printemps, le printemps!... Probablement que si c'était pour aller à ton Théâtre-Libre ou à ton autre théâtre, ton théâtre—comment appelles-tu cela?—ton théâtre de l'Œuvre, oui, probablement que tu en viendrais à bout du printemps, que tu ferais un effort... Mais non, tu t'ennuies au Français, c'est bien simple.... Tu t'ennuies en famille!... Nous t'ennuyons, quoi!... De mon temps, quand mon père m'offrait de...

—Oh! grand-père, je t'en prie! interrompit Charlie d'un ton excédé.

—C'est bon, c'est bon! fit M. Brodin. C'est cela!... Je t'assomme, n'est-ce pas?... Les parents, père et mère, la famille, des rengaines?... Oui, va, je sais ce que tu penses...

Mme Lahonce entrait toute pâle, avec cette figure blanchie, apprêtée, réparée des femmes qui ont pleuré—et où la poudre cache mal les meurtrissantes morsures des larmes.

—Croirais-tu que Charlie ne vient pas au théâtre! s'écria Brodin en se tournant vers elle.

Puis, comme Hélène ne répondait pas, affectait d'arranger studieusement, devant une glace, la dentelle-bordure de son corsage ouvert, M. Brodin s'adressa à Lahonce: