Le dîner était achevé. On rentra dans le hall pour le café. Puis Charlie, sa tasse bue, s'avança au-devant de Mme Lahonce qui redescendait, toute fanfreluchée, toute légère et l'aspect plus d'autrefois, plus «marquise» encore, sous sa vaste houppelande Watteau en soie claire et ses dentelles blanches mêlées à ses cheveux blancs.

—Bonsoir, maman! dit-il en lui donnant sur le front un baiser lent et appuyé.

Il sentait contre lui la poitrine de sa mère qui se gonflait d'un soupir sanglotant.

—Bonsoir, mon enfant!... Bonsoir, mon Charlie! chuchota Mme Lahonce.

Les mains agrafées à ses épaules, elle l'étreignait, l'embrassait, le visage de profil, les paupières baissées; elle l'embrassait de toute son énergie défaillante, espérant exprimer, par ces caresses muettes, sa gratitude d'avoir été absoute et sa crainte inavouée d'un retour de mépris.

—Allons, Hélène! appela M. Brodin... Viens donc!... La voiture nous attend...

Mme Lahonce s'enhardit, d'un élan, à subir franchement le regard de Charlie, à lui montrer de face ses grands yeux éplorés; et, comme une prière, une espèce de supplication où elle eût, peureusement, pour tout imploré grâce, elle murmura en soupirant derechef:

—Bonsoir, mon enfant!... Bonsoir, mon pauvre enfant!...

Elle sortait sans se retourner. Il y eut sous la voûte un grondement onduleux de voiture qui s'éloigne. Et Charlie, resté seul, monta, à petits pas, dans son cabinet de travail.