Arrivé chez lui, il tourna le bouton de l'électricité qui éclaira, du coup, la pièce d'une ample et égale lumière jaune.
Puis il prit un cigare, il s'assit devant son bureau et se mit à réfléchir en fumant, la tête renversée, accotée au large dossier du fauteuil.
Il était plus apaisé depuis le dîner. Il discernait dans son esprit moins de confusion, moins d'incohérence, moins de vide,—et, parmi ses pensées embrouillées, l'ordre semblait se rétablir.
Pendant le repas, d'abord, il s'était déjà promis de ne jamais reparler à sa mère de ce que, hélas! il avait vu,—de ne jamais la torturer d'une barbare scène d'explications.
Et tout à l'heure, quand elle partait, quand il la tenait dans ses bras et qu'il sentait s'arracher d'elle ces soupirs si loin venus,—quand il avait compris par quel héroïsme pudique elle s'imposait d'aller à ce théâtre, de ne dire mot de son chagrin, de feindre que rien ne fût changé,—il s'était alors raffermi dans sa volonté de pardon.
Elle souffrait bien assez, la malheureuse femme, sans qu'il accrût sa peine, sa honte et ses regrets par d'humiliantes questions ou des reproches superflus.
Il voulait même la choyer plus que de coutume, redoubler envers elle de tendres prévenances, lui faire oublier, jour par jour, à force d'affection et d'égards attentifs, qu'il savait le secret dernier de son cœur.
Mais, par contre, il avait résolu aussi de rompre avec Favierres.
Dès le premier moment de calme, cette séparation lui était apparue comme nécessaire, inévitable, et à présent, tout en fumant, il méditait les termes d'une lettre de rupture, d'une lettre très simple et très courte, qu'il se proposait d'écrire, d'envoyer tout de suite à Neuilly.
Enfin, il se décidait, et saisissant une feuille de papier, il commença ainsi: