Dehors, il demeura quelques minutes devant la porte, au bord du trottoir, sans héler les fiacres vides qui remontaient et descendaient l'avenue.
Il restait tout abasourdi par ce bref dialogue émouvant où l'on avait tant dit en si peu de mots vagues; tout stupéfait aussi de la façon rapide, inconsciente, imprévue, dont l'entente secrète, le pacte inexprimé de silence pour l'avenir s'était si simplement conclu entre sa mère et lui.
Il se rappelait ces phrases innocentes qu'il avait préparées, et ces airs de candeur, d'ignorance, dont il se proposait de masquer son visage. Mais tout s'était autrement fait. Il n'avait prononcé aucune de toutes ces phrases. Il n'avait eu aucun de tous ces airs subtils. Au gré du dialogue, des regards, des baisers et des larmes, les questions désolées, les répliques attendries s'étaient d'elles-mêmes enchevêtrées pour établir l'accord souhaité, discrètement, sans mensonges hypocrites, sans nulle explication. Et Charlie se demandait si là-bas, chez Favierres, l'entrevue se passerait avec autant d'aisance, si leurs yeux à tous deux les aideraient de même à se dire ce que leurs voix pudibondes et méfiantes n'oseraient peut-être pas proférer.
«Bah!... Nous verrons bien!... A quoi bon me tourmenter, à quoi bon présager ce que je vais savoir dans un instant, dans une heure?...»
Il appela un fiacre ouvert, donna l'adresse:
—Vous prendrez par l'avenue de la Grande-Armée et Neuilly... Au galop, n'est-ce pas? Je suis en retard.
Et comme machinalement il relevait la tête, il aperçut à la fenêtre du premier, derrière la vitre à treillage blanc, Mme Lahonce qui le regardait partir, qui s'efforçait de lui sourire, de ses lèvres indociles et lourdes de chagrin.
Le fiacre s'en alla à une paisible allure d'été, une allure que le dos affaissé et maussade du cocher semblait approuver et proclamer normale.