—Voyons! s'écria Charlie. Ce n'est pas un train, cela... Dépêchez-vous, nom d'un chien!...
Le dos rond du cocher ne bronchait pas, persistait en son affaissement hostile et dédaigneux.
—C'est bien! ordonna d'un ton furieux le jeune homme... Arrêtez!...
Il descendit, et tandis que le cocher démarrait au grand trot, il monta dans une autre voiture.
Celle-là marchait un peu mieux. Mais tout de même, il était plus de midi un quart quand elle atteignit la lointaine rue de Chézy où flottaient, mélangées, des odeurs tièdes de verdure et de cuisines en pleine action.
«Bigre! fit Charlie qui consultait sa montre... Je ne suis guère en avance!...»
Il sonna à la grille grise. Les regards baissés vers les gros pavés roses du trottoir, il se remémorait avec une mélancolie de regret, des attentes pareilles, quand il venait pour visiter son ami Fav, sans rien connaître, rien soupçonner, et qu'il trépignait dans la porte parce qu'on ouvrait trop lentement.
Aujourd'hui, il avait, hélas! plus de patience. Il n'était pas pressé. Il reverrait toujours assez tôt son ami, ce pauvre Fav, que, malgré lui, il se représentait encore, comme la veille, les joues blêmes, les yeux effarés, la main tendue et suppliante.
Des pas grincèrent sur les cailloux, des pas menus, précipités. La porte tournait en arrière, et Mme Favierres, qui ouvrait, dressa ses bras au ciel, dans un geste bourgeois de triomphe:
—Ah! j'en étais bien sûre!... J'étais sûre que vous viendriez... Vous imaginez-vous que M. Favierres disait que non, qu'il a voulu se mettre à table?... Ah! bien, je ne suis pas fâchée, non, je ne suis pas fâchée... Cela lui apprendra... c'est bien fait!...