—Figure-toi, continua Favierres l'imitant, figure-toi que je traversais les Champs-Elysées... do... do... sol... ré... ré... quand tout à coup j'ai aperçu ta mère qui me faisait signe, qui m'appelait de sa voiture... Do... mi... la, sol... ré, ré... ré...

Sa voix tremblotait en chantonnant les notes:

—Au début, je ne la reconnaissais pas, je croyais que c'était... Madame... Madame... celle dont le mari s'occupe de médailles... Madame... Voyons, tu sais bien?...

—Non, je ne sais pas, riposta sèchement Charlie qu'agaçaient toutes ces manœuvres puériles, ces vaines parodies de vérité.

Il s'était arrêté de jouer et fixait Favierres d'un mâle regard d'attente presque provocatrice.

—Mon petit, fit Favierres d'un ton de reproche, pourquoi me réponds-tu ainsi?

—Mais, disait Charlie, je vous réponds comme d'habitude...

—Non, non, pas du tout! poursuivit nerveusement le musicien... Du reste, assez de simagrées entre nous!... Depuis que tu es arrivé, cela dure... J'en suis malade, moi!... Parlons net... Tu as de mauvaises pensées, Charlie, des pensées indignes...

—Moi! s'écria Charlie qu'effarait la brusquerie de l'agression.

—Oui, toi... Ne nie pas, c'est inutile!... Tu es un homme... Tu me comprends à demi-mot, je suppose... Je te répète que tu as des pensées odieuses...