Charlie perdait tout flegme. Il riposta d'un ton conciliant,—d'un ton amical et lassé à la fois:

—Fav!... Vous vous trompez, je vous assure... Je ne vous comprends pas... Et puis, même vous comprendrais-je, pourquoi parler de tout cela?... Nous ne pourrions que nous faire du mal, de la peine... Je ne pense qu'une chose, c'est que je vous aime bien... Je désire demeurer toujours votre ami... Je suis revenu, je reviendrai... Que demandez-vous de plus, vraiment?...

—Ah! tu vois! s'exclama Favierres... Tu vois, tu avoues!... J'en étais convaincu... Eh bien! soit, mon petit... On ne reparlera plus de rien, tu m'entends, de rien... puisque tu t'y opposes... Seulement, par exemple, je ne veux pas que tu aies de ces mauvaises pensées... Je veux que tu me jures de croire ce que je vais te dire...

—Je vous le jure! fit Charlie mollement.

Et Favierres déclara d'une voix toute basse, toute veloutée d'émotion:

—Eh bien! je te donne ma parole que je n'ai jamais eu pour ta mère qu'une vive sympathie... une sympathie que, hélas! je n'ai guère pu souvent lui prouver... Je te donne ma parole qu'elle a droit à tout ton respect, à tout ton amour, la charmante femme!... Et tu sais que je ne mens pas, n'est-ce pas, mon petit?...

Il tendait affectueusement ses deux mains à Charlie. Le jeune homme les saisit en murmurant sans assurance:

—Oui, je sais, Fav!... Je vous remercie... je vous remercie...

Et par amicale forfanterie, dans la joie de leur soulagement, ils restèrent un instant à se considérer, à se montrer leurs regards que teintaient, malgré eux, les ombres vacillantes du mensonge accepté.

Puis, comme trois heures sonnaient à la pendule, Charlie demanda d'un accent de prière affable: