—Pas du tout! fit Warner... Il manque encore M. de Neulise et les petits!
Warner désignait sous ce nom familier le couple tout récemment accordé de Loulou Sonnier et du jeune J.-L.-R. Luggatt, le fils du milliardaire américain, que, seules, sa vénérable immense fortune et la toute-puissante amitié de Sonnier avaient pu faire admettre dans cette bande close de vieux Parisiens maniaques, antipathiques aux nouveaux venus et surtout à l'extrême jeunesse.
—M. de Neulise? interrogea Vaumoise, se haussant sur ses talons en forme de toupie... Qui est-ce, cela?
—C'est un capitaine! répliqua Warner... Un capitaine de dragons en garnison à Corbeil... Leystrade l'a présenté dimanche à Pierre... Un très aimable garçon... Il monte en courses... Vous devez le connaître, voyons... Il était aux spahis avec un de vos cousins, à ce qu'il m'a dit!
—Non, non, je ne connais pas! fit Vaumoise grincheusement.
Le timbre de l'hôtel sonnait deux coups vibrants.
—Tenez, c'est peut-être lui! dit Warner.
La porte s'ouvrait, et «les petits» entrèrent: Loulou Sonnier, d'abord, en simple robe de mousseline rose, avec un rang de grosses perles au cou,—et ensuite un jeune homme de vingt-trois ans environ, J.-L.-R. Luggatt, qui s'avançait d'un pas un peu indécis, en tortillant fiévreusement, de sa main gantée de blanc, l'indistincte moustache courte et pâle qu'on eût dite collée, rapportée à sa ronde figure lisse de lad rougeaud, trop bien nourri.
—Bonjour, mon chou! fit Warner embrassant Sonnier. A quelle heure tu arrives!
—Oh! ne m'en parle pas! grommela Loulou en lui rendant son baiser. Depuis six heures, je me fais une bile... Croirais-tu que J.-L.-R. ne voulait plus venir?... Il avait bu trop de cocktails à un de ses sales bars... Et ça lui tapait sur la tête, sur le cœur. Il était malade, malade!... Il a fallu que je l'habille moi-même... Enfin nous voilà!...