—Ce n'est pas vrai!... C'est un mensonge!...

Lahonce s'était précipité sur lui, l'agrippait des deux mains au collet de son léger veston:

—Que dis-tu, mauvais garnement? Tu dis que ce n'est pas vrai? Tu te permets de me donner un démenti, à moi!...

Ils étaient souffle à souffle, et Charlie apercevait, en une vision fantastiquement grossie par la proximité, les bajoues violettes, les yeux sanguinolents de son père.

—Répète un peu ce que tu as dit! clama Lahonce, le lâchant, le relançant à travers le lit d'une poussée si rude que le jeune homme en chavira à demi... Aie donc l'impudence de le répéter!

Les bras dressés en l'air, il courait, il trottait à petits pas affolés du lit à la porte et de la porte au lit, les jarrets ployant, le plastron de sa chemise tout fripé, se gonflant hors du gilet, en zigzags de cassure.

—Pas vrai!... Il dit que ce n'est pas vrai!... Oh! cela c'est trop!... Mais veux-tu que j'aille chercher ta mère?... Elle te dira, elle, si ce n'est pas vrai... Elle te dira comme elle m'a trompé, comme elle m'a chassé de son lit, quelle vie elle m'a faite à cause de votre crapule de Favierres... Oui, c'est indigne de te parler de ces choses-là... Mais tu m'y contrains, comme ta mère m'a contraint à prendre des maîtresses! Je n'ai plus personne, ni femme, ni fils! Je suis seul... Je dois bien me défendre!...

Il trébuchait à un pli du tapis. Il se laissa choir dans un fauteuil et, à bout de forces, il fondit en sanglots, les mains contre le visage, bégayant d'une voix d'enfant abandonné:

—Je suis seul... Je suis tout seul!...

Charlie, muet, immobile, confondu, examinait de loin son père. Il n'avait le courage ni de discuter, ni d'excuser sa mère, ni d'objecter Warner, ni de proclamer son droit d'aimer ceux qu'il aimait. Lui si hardi à riposter, à rendre injure pour injure, il se trouvait tout bouleversé de regrets, tout gauche contre cette sincère douleur. Par quelles odieuses imprécations répondre à ces sanglots, par quel lâche surcroît de duretés aggraver cette détresse? Il se sentait vaincu pour avoir triomphé. Son père était le plus fort, puisqu'il souffrait, puisqu'il pleurait.