—Ah! tu pleures!... Eh bien! ce n'est que le commencement! Parce que, tu sais, après Favierres, ce sera ton fils... Oui, tu sais, ton petit Charlie, ton cher petit Charlie, que tu oublies si facilement, eh bien! c'est fini! Tu n'auras plus à te le rappeler... Je le garde... On me le donnera... Et toi, tu ne l'auras plus jamais, tu comprends, jamais!...
Puis il la lâcha, la repoussa parmi les coussins, d'une poussée méprisante, et sur le seuil du cabinet il ajouta:
—Jamais plus... tu entends... Jamais! Ni l'un... ni l'autre!
Il dîna seul avec Charlie, car Mme Lahonce avait prétexté une migraine pour ne pas venir à table.
Aux demandes du maître d'hôtel ou de l'enfant, il ripostait de ce ton de douceur spéciale qu'on affecte, après une grande colère, envers ceux qui ne l'ont pas motivée.
Il s'appliquait surtout à montrer de l'enjouement, de l'affabilité en répliquant à Charlie que de coutume, pourtant, il laissait souvent jaser pendant tout un repas, sans répondre autrement à ses remarques, à ses questions, que par ces onomatopées approbatives dont on croit généreusement satisfaire la curiosité des enfants.
Peu à peu il prenait au sérieux ses devoirs prochains, son rôle éventuel de mari abandonné, de père à demi veuf et voué aux sympathies. Il s'habituait à la pensée que ce romanesque malheur l'eût frappé, lui, Pierre Lahonce, que cet invraisemblable drame de passion se fût abattu chez lui, sur lui, dans sa famille; et il s'improvisait une figure toute neuve et changeante, une figure tantôt attristée de victime sans reproche, tantôt de justicier implacable à qui toutes les vengeances sont permises.
Mais, après dîner, il songea que la présence de M. et Mme Brodin, ses beaux-parents, pourrait le gêner dans l'accomplissement de ses projets immédiats, dans cette scène d'expulsion où il se proposait de si bien exécuter Favierres.
Il alla donc dans sa chambre et écrivit en atténuant l'importance des faits: