M. Brodin remercia Pierre Lahonce de ses propositions cordiales, le présenta à Hélène et l'invita même à leur rendre visite.

Le jeune homme y vint le lendemain, fut convié à dîner, fit une seconde visite, une troisième; et au bout de quinze jours, il demanda Hélène en mariage.

Orphelin, riche environ de trois millions, solide et gaillard, âgé tout juste de vingt-quatre ans, neveu d'un homme d'État célèbre, Pierre Lahonce réunissait en lui ces avantages de rang, de personne et de fortune qui constituent ce qu'on appelle bourgeoisement un beau parti.

Cependant M. Brodin n'accorda pas tout de suite son consentement, pria qu'on l'autorisât à réfléchir.

En dépit de l'acceptation d'Hélène à laquelle Lahonce semblait agréer, une hostilité suprême et inavouée contre tout ce qui avait touché au monde impérial détournait M. Brodin d'acquiescer à cette union plutôt honorable.

Enfin il parvint à maîtriser son antipathie, et le mariage eut lieu à Paris, vers la fin du mois d'août.

Durant toute la cérémonie, M. Brodin fit bonne contenance. Il sut même accueillir de sourires empressés les notabilités du parti déchu, accourues pour féliciter le jeune marié.

Mais le soir, lorsque, après le dîner de famille qui s'était donné chez lui, Hélène vint lui faire ses adieux, il fondit en sanglots.

On crut qu'il pleurait, par le chagrin de la séparation, et tout le monde fut ému de cette bien naturelle souffrance d'un père délaissé.

La vérité était que son cœur fléchissait sous les morsures de cette journée trop rude. Tous ces visages de courtisans, de fonctionnaires impériaux, toutes ces beautés d'anciennes dames de la cour et particulièrement la figure d'un proche cousin de Pierre qui ressemblait d'une façon frappante, avec sa moustache cirée et sa barbiche en forme de flamme, au funeste baron Carlier, toute cette cohue détestée l'avait ramené à l'époque de son malheur, replongé parmi les plus désolantes pensées, rejeté à une sorte de rechute.