—C'est un peu fort!... C'est un peu fort!... Ah! vous pouvez vous vanter d'avoir du toupet, dans votre bande!... Non, c'est trop fort!... Et d'abord, apprenez que mon gendre ne se cache pas... Je vous ai déjà dit que c'était moi qui...

Puis il se tut brusquement, comme bâillonné par une recrudescence de colère.

—D'ailleurs, au fait, je n'ai pas d'explication à vous donner... Je ne discute pas avec les butors... Vous êtes libre, Monsieur... J'ai bien l'honneur de vous saluer.

Favierres avait ramassé son chapeau et restait debout en face de M. Brodin, ne s'en allant pas, ne pouvant se décider à s'en aller, à quitter ce sol d'amour, à partir sur-le-champ en exil à jamais.

—Eh bien! Monsieur? interrogea avec hauteur M. Brodin... Je croyais pourtant m'être exprimé clairement, vous avoir fait comprendre que notre conversation était terminée...

Favierres balbutia:

—Je vous prie de m'excuser, Monsieur Brodin, d'excuser un moment de vivacité que je regrette beaucoup... Je suis très nerveux, très susceptible... Et ce que vous me disiez au sujet de Mme Lahonce, de nos sentiments, était si blessant, si cruel...

—Il suffit, Monsieur! interrompit M. Brodin qui, devant la confusion de Favierres, recouvrait graduellement son audace méprisante. Il suffit! Je vous tiens quitte de vos excuses... J'ai mon opinion sur votre compte... Cela suffit... Demeurons-en là, voulez-vous? et abrégeons... Bonsoir, Monsieur... Je vous salue...

Favierres céda:

—C'est bien, Monsieur, je me retire... Mais je vous prie—je vous prie de toutes mes forces—de bien dire à Mme Lahonce que je lui demande profondément pardon de tout ce qu'elle souffre à cause de moi et de tout ce qu'elle endurera peut-être par la suite... C'est là un petit service que vous ne me refuserez pas, j'espère, et dont je vous aurai une grande gratitude... Puis-je compter sur vous?