—Très bien... Très bien, je vous remercie...

Ils restaient, face à face, les yeux dans les yeux, tout heureux de se retrouver, tout au soulagement d'être sûrs enfin qu'ils se verraient ce matin-là.

Puis Favierres reprit d'un ton de prière et de commandement aussi:

—Vous rentrez par l'avenue Hoche, n'est-ce pas, Madame?... Voulez-vous me permettre de vous accompagner?

—Mais bien volontiers!

Et ces préliminaires accomplis, selon le cérémonial usité par eux au dehors, dans leurs rencontres matinales, ils se remirent lentement en route, marchant côte à côte, la tête de profil, souriante, avec cet air joyeux, ces regards avides l'un de l'autre qui distinguent des époux repus les couples d'amoureux furtifs.

Charlie pourtant, par sa présence, pouvait donner le change, ajouter comme un aspect conjugal à cette promenade clandestine. Il s'accrochait à Mme Lahonce, ne la lâchait pas, la devançant même, se jetant contre elle, par instants, comme un gros chien turbulent, pour happer la conversation, entendre ce que racontait son grand ami Vincent Favierres.

Mais ils parlaient à mi-voix de choses mystérieuses, inintelligibles, d'un certain «on», entre autres, dont les paroles, les volontés, les actions semblaient celles d'une personnalité toute-puissante, que Charlie, lui, ne connaissait nullement. Ils se disaient avec volubilité, et dans ce langage symbolique et obscur que se créent, à la longue, les amants, tout ce qui s'était passé chez eux ou ailleurs durant ce siècle de vingt heures écoulé depuis leur rendez-vous de la veille, les petites remarques amusantes ou bizarres qu'ils avaient chacun faites, tout ce qui leur avait paru, dans l'intervalle, propre à gêner ou à servir leurs amours difficiles.

Alors Charlie, ne réussissant pas à comprendre, prit le parti d'aller seul, de gambader, de courir en éclaireur, à quelques pas devant sa mère et son grand ami Fav dont, à la fin, l'indifférence le lassait.

—C'est étonnant comme cet enfant vous aime! disait rêveusement Mme Lahonce en le voyant s'éloigner. Tout le temps il est à me demander si vous viendrez, quand vous viendrez, tout le temps à me parler de vous... C'est extraordinaire! Véritablement, il y a des moments où je songe que si vous étiez son père il ne vous aimerait pas davantage!