—Oh! pour ça, répondit Favierres avec un mélancolique sourire, pour ça, il peut être tranquille, le pauvre petit... C'est un Lahonce, un vrai... Il est paraphé, signé...
Et il se glissait un doigt sur les lèvres, y dessinait les fines sinuosités de la bouche de Charlie, la mince bouche des Lahonce, rendue si célèbre, si populaire jadis, par le grand-oncle de l'enfant, Germain Lahonce, l'ancien ministre et conseiller de l'Empereur.
Mme Lahonce continua:
—Et puis, lorsqu'il me parle de vous, il faut voir avec quelles précautions, quelles minuties de discrétion!... Toujours à l'oreille, toujours en me chuchotant, comme par peur que quelqu'un ne soit là à l'écouter... Et si votre nom vient à être prononcé, si on cause de votre musique, de votre talent, il ne bronche pas cet amour, il a seulement vers moi un petit regard du coin de l'œil, un regard timide et tellement risible pour me rassurer, pour me faire signe qu'il sait qu'il ne doit rien dire... Tenez! quelquefois il me semble que j'ai en lui une sorte de petit complice qui ne nous trahira jamais, qui veut notre bonheur sans le vouloir... Vous ne trouvez pas ça curieux?
Favierres hésitait:
—Evidemment c'est curieux!... Mais cela s'explique au fond... Cet enfant m'aime parce que vous m'aimez... Il m'aime parce qu'il n'est pas encore tout à fait détaché de vous, qu'il tient encore presque à votre chair... qu'il est encore une partie de vous-même... Plus tard il changera peut-être, malheureusement... oh! oui, plus tard, plus tard...
Ils arrivaient près de la grille du parc Monceau. Et, sans achever sa pensée, Favierres revint brusquement à des considérations plus prochaines, plus pratiques.
—Voyons, ma chérie, demain, à quelle heure vous verrai-je?...
—Deux heures et demie? proposa Mme Lahonce.
—Bien, deux heures et demie... Ce soir je dîne tout à côté de vous chez les Jehandy, vous savez pour les chœurs... Que diriez-vous si, vers dix heures, je venais prendre le thé?... Cela vous ferait-il plaisir? Est-ce bien prudent, hé?