Elle l'embêtait! Elle allait exiger de sa part des efforts, des prières, une cour régulière et longue—peut-être même à la fin se refuser, se dérober. Elle l'embêtait!

Remonté chez lui, il se mit à réfléchir. Cette petite Lozières valait-elle qu'il commençât une lutte sérieuse, qu'il se prêtât à un flirt interminable? L'affaire lui avait paru plaisante parce qu'elle s'était engagée promptement, bien présentée. Mais s'il devenait nécessaire d'implorer, de ruser, de s'astreindre à des manœuvres compliquées, non, ce ne serait plus aussi drôle.

Il regrettait cependant de renoncer tout de suite, dès le premier obstacle, aux avantages obtenus. Du reste, il se pouvait que cette résistance ne fût qu'une feinte. Et il trouverait toujours un prétexte pour abandonner la lutte, si elle durait au-delà de son gré.

Il décida donc d'écrire à Mme Lozières une lettre désolée où il la supplierait de revenir sur sa résolution et de ne pas le désespérer.

Il dut refaire trois fois la lettre, la jugeant chaque fois trop froide, trop ironique.

Il s'excitait: «Puisque je veux la toucher, il ne faut pas lésiner sur les grands mots, lui marchander de la passion, de la douleur, de l'angoisse ...»

La quatrième rédaction lui sembla plus médiocre que les précédentes: «C'est extraordinaire!... Voyons pourtant, si Jack m'avait échappé ainsi, qu'est-ce que je lui aurais écrit?»

Cette hypothèse lui rendit promptement des forces, de la flamme, un peu de son style coutumier, et il écrivit:

«Ma chérie! Votre lettre m'a frappé en plein cœur!... Je ne puis croire à ce qu'elle renferme, à cette rupture, à ces adieux ... Après hier, après ces heures divines, vous voudriez me causer l'immense douleur de ne plus vous revoir, vous voudriez me priver de vous, de votre beauté, de votre voix si suave, à jamais!!!... Non, vous ne pourrez pas avoir cette cruauté, pas plus que moi je ne pourrai oublier ce que vous m'ordonnez d'oublier, car on n'oublie pas l'inoubliable ... J'irai donc vous attendre, malgré vos prières ... Je vous attendrai une heure, deux heures,—jusqu'à la nuit. Et si vous n'êtes pas venue, je recommencerai le lendemain, les jours suivants, sans trève, jusqu'à ce que vous veniez ... Agréez, ma chérie, toutes mes tendresses, je voudrais dire tous mes plus tendres baisers ...»