Il regrettait alors de n'avoir plus cette profusion de phrases douces, de tournures amoureuses dont il usait contre Mme Hardouin,—cette belle armée de mots caressants et charmeurs, si honteusement battue jadis et qui, à l'heure présente, l'aurait si bien servi.
Il essayait de ressaisir son vocabulaire, de retrouver quelques-unes de ces cajoleries, de ces petites confidences intimes qui sont tout dans les correspondances d'amants; mais il lui semblait que sa plume rétivait, se refusait à écrire les mots tendres, tiquait sur eux comme sur des mots grossiers:
«C'est épatant!» s'écriait-il.
Et finalement, il rédigeait une lettre glaciale, banale et brève, d'une affection forcée, et qu'en relisant, il avait envie de détruire.
Au bout de huit jours, un matin, il reçut une dépêche de Mme Lozières: «Attendez-moi onze heures et demie.—Petit Fifre.»—car elle avait adopté, sur son conseil, ce pseudonyme.
Ils déjeunèrent ensemble rue Fortuny. Elle s'arrêta un instant de manger, lui tendant, par-dessus la table, sa main à baiser, et elle murmura:
—Comme je suis heureuse!... Quand reviendrai-je?... En voilà au moins pour une semaine!... Cela ne vous paraît-il pas interminable, ces journées loin l'un de l'autre?...
—Oh! si!... Mais nous n'y pouvons rien!... C'est la vie!...
Elle répliqua:
—Je sais ... Vous vous résignez plus facilement que moi!...