Il s'amusait à prolonger le plaisir du spectacle: «Dire qu'il y a deux ans, j'aurais voulu les assommer, tous ces individus, leur casser la figure!...» Il se reportait à naguère, aux rages d'anarchiste qui le suffoquaient, quand il découvait ainsi Mme Hardouin prodiguant ses tendres sourires au milieu d'un groupe de danseurs, ou bien causant à l'écart avec un inconnu dont le col de satin, la nuque brillantinée luisaient, sous les bougies des lustres, d'un éclat insolent. «Oui, j'aimais rudement ... C'était le bon temps!...»

Autour de lui des couples se mettaient à valser. Il recula vers une porte, et, de là, il examinait les danseuses, ressaisi de dégout pour ces chairs blanches, ces peaux blanches, toute cette matière féminine et pareille, cette masse indistincte de bras, de poitrines, de dos, de visages uniformes qui tournaient confusément sous son œil éteint et las.

—Jolie réunion, n'est-ce pas?

Il releva la tête. Lozières était derrière lui, rajustant son lorgnon que la sueur faisait glisser.

—Très jolie!... Très jolie!... dit Mareuil ... Et Mme Lozières est ici, je pense?

—Naturellement ... Elle doit être au buffet en ce moment ... Je vais vous y mener, hein? Vous prendrez bien une coupe de champagne?...

Et il passa devant Mareuil, lui frayant poliment la route:

—Pardon ... Pardon ... Vous permettez?

Mme Lozières, debout dans un coin de la salle désertée, s'éventait nerveusement.

—Comment, tu es seule? s'exclama Lozières.