Il continuait pourtant à chercher; et, comme les clochers de la ville sonnaient midi d'un son grave, il dressait au milieu du canot une petite voile triangulaire, se faisait ramener paresseusement à la Grenadinette par le vent complaisant.

Les déjeuners, d'habitude, étaient gais, cordiaux, riants. On y respirait cette immatérielle atmosphère de congé, de libération joyeuse, qui est le charme des repas entre amis, en été, à la campagne. Le Grand-Cob même, qui, pendant les premiers jours, battait froid à Mareuil, à cause de sa rupture avec Rabastens et de ses réponses évasives à ce sujet, avait renoncé à lui garder rancune de cette offense quasi personnelle, pardonné l'abandon de sa jeune protégée, pris son parti des faits accomplis.

A peine, de temps en temps, se permettait-il une allusion à la mystérieuse fâcherie, après déjeuner, lorsqu'on buvait le café, dans le jardin, et que les verres de fine accumulés l'entraînaient un peu hors de sa réserve:

—Ah! ah! mon petit ... Je ne vous demande rien ... Je ne veux rien savoir ... Mais c'est une fière gaffe!... Vous n'en rencontrerez pas beaucoup de cette pâte-là!...

Mareuil ne contredisait pas:

—Certainement ... Je la regrette ... Elle avait une masse de qualités!... Seulement, vous comprenez, cela ne pouvait pas durer toujours!...

Et il détournait la conversation en offrant à Gendrey un des journaux de Paris qu'on apportait, en se relevant pour reposer sa tasse sur le large mur bas du jardin qui formait balcon, au-dessus de la Loire, ou encore en excitant cauteleusement Brévannes à parler de Gens de Presse, du second acte entamé, et de ce que serait le troisième.

Ils flânaient ainsi sous l'ombre de deux grands chênes, à somnoler, à regarder la rivière luisante et calme, à lire les gazettes qu'ils se repassaient, à fumer des pipes, des cigares.

Puis, vers trois heures, Charleval repoussait sa chaise et rentrait dans la maison.

C'était, à volonté, le signal du départ, du travail ou de la sieste. La bande se dispersait. Mareuil remontait dans sa chambre dormir, écrire des lettres, rêvasser. Cinq heures, six heures arrivaient. On se délassait jusqu'au dîner par une promenade en forêt, un tour de canot avec les dames, qui criaient de peur pour la moindre bourrasque. On revenait au crépuscule. On mangeait gros, on mangeait lourd, d'un appétit de paysans, avivé par le plein air, si bien qu'à neuf heures, un sommeil subit surprenait tout le monde, appesantissait la causerie, chassait au lit, l'un après l'autre, les convives, et la journée se trouvait achevée, écoulée plutôt, comme onde muette et libre.