Seulement, par exemple, il ne permettrait pas que Lucie prolongeât trop la résistance, s'avisât de le traîner, de le jouer. Il lui accorderait les délais d'usage, le temps de se donner; mais le moment venu, si elle ne cédait pas, il passerait à une autre, car elle n'avait pas un charme si exceptionnel enfin qu'on ne pût en trouver de pareilles, et même de meilleures.

Il était donc dans les dispositions les plus rigoureuses quand, le samedi suivant, vers une heure et demie, il sonna à la porte de Mme Lozières.

Il avait choisi cette heure à dessein, de façon à se rencontrer seul avec elle et à se déclarer sur-le-champ, dès le premier tête-à-tête. On l'introduisit dans un boudoir attenant à un salon plus vaste et meublé de meubles anciens, tendus de soieries effacées. Puis on revint lui dire que Madame le priait de vouloir bien patienter un peu, et qu'elle ne tarderait pas.

Il se mit à se promener à travers la pièce, inspectant les tableaux posés aux murs, les fleurs des potiches, les photographies éparses dans de jolis cadres, sur un guéridon bas.

Il repassait en son esprit les phrases qu'il se proposait de prononcer d'abord, les mots décisifs qui seraient comme le signal de la bataille—de cette bataille qui finirait peut-être pour lui sans grand dommage, par le triomphe de l'adversaire, ou bien qui engagerait, une fois de plus, sa vie pour combien de mois, combien d'années?

Il entendit un frôlement d'étoffes sur le tapis, des pas hâtifs, puis Mme Lozières parut, agrafant la dernière agrafe de son corsage. Elle lui indiqua un siège et d'une voix un peu essoufflée:

—Vous ne m'en voulez pas?... Je n'étais pas prête ... J'ai dû sortir ce matin et lorsque vous avez sonné, je commençais à peine ma toilette ... Ce que je me suis pressée!...

Elle tapotait sa robe, une longue robe de réception en soie cuivre, recouverte de dentelles noires.

Mareuil répliqua: