—Pour le moment, il continuera à aller dans la journée chez son professeur M. Beaujoint. Le reste du temps, il habitera huit jours avec moi, huit jours avec son père, les dimanches et vacances partagés de même par moitié...

—Et où comptes-tu loger?... Ici?

—Dame!—fit Lucie en courant à M. Lecherrier.

Elle lui enlaça câlinement le bras, tandis qu'il se raidissait un peu contre l'étreinte.

—Mais oui, mon pauvre papa, ici! Tu ne voudrais pas que je donne à d'autres la préférence?... Ah! évidemment, dans tout cela, c'est toi qui vas pâtir, c'est toi qui seras la victime!

—Non!—fit avec force M. Lecherrier.—La victime, ce ne sera pas moi... La victime, ce sera Gégé...

—Écoute, papa!—supplia Lucie.

—Je n'écoute rien... Je n'ai rien à écouter... Si tu ne sens pas ces choses-là de toi-même, tout le monde te le dira: dans le divorce, la vraie victime, la grande victime, c'est l'enfant... Voilà la règle... Et notre petit Gégé, hélas! n'y échappera pas... Du jour au lendemain, pour votre commodité personnelle, vous allez faire de lui une espèce d'orphelin, de déclassé, d'abandonné, sans famille régulière, sans foyer fixe, sans intérieur. Vous allez bouleverser sa vie, gâcher toutes ses joies, détruire tout son bonheur... Alors, dans ces conditions, moi, mes aises, mes habitudes, tu t'imagines si ça pèse lourd!...

M. Lecherrier se tut, car des larmes lui barraient la gorge. Probablement, malgré ses dires, dans cette affliction, il entrait un peu le chagrin de voir pour des mois sa quiétude chavirée, son indépendance en péril, les petites femmes à vau-l'eau. Mais la sincérité dominait. Il adorait son petit-fils, et la pensée des mille souffrances classiques dont ce divorce menaçait Gégé lui paraissait intolérable.

Lucie avait tendrement retenu sa main, puis, quand il donna des signes d'apaisement: