Septembre approchait, et Gégé commençait à compter les jours sans savoir si c'était plus par joie de revoir son père ou regret de quitter sa mère.

Comme ce mois d'août avait filé! Quelles vacances! Non, dans tous ses souvenirs, Gégé ne s'en rappelait pas de si paisibles chez lui, ni au dehors de si étourdissantes.

Dès l'arrivée, d'abord, Ribermont l'avait affilié à une coterie ultra-fermée de petits garçons de bonne famille, qui faisaient, sur la plage, la pluie et le beau temps. A ceux du «groupe», comme on disait, tous les privilèges et toutes les faveurs. A eux les baigneurs les plus demandés, les premiers rangs aux bals d'enfants, la maîtrise de la terrasse, la suprématie sur le galet, les préférences des plus jolies petites filles. Mais quiconque n'appartenait pas au «groupe» était tenu pour nul et non avenu.

Annoncé par Ribermont comme un «chic type», Roger avait rapidement pris dans cette élite une forte situation. Son agilité, son entrain y aidaient, et aussi son Alouette-extra. Fastueux avec cela, grâce à ses semaines doubles, payant partout à gousset ouvert, il n'y avait plus de partie, plus d'excursion sans lui. Et dans tous les jeux, il était bien rare qu'on ne l'élût pas chef de camp.

Vers le milieu du mois, pourtant, les délices de cette popularité avaient failli être gâtées par un accident de correspondance au sujet d'un certain Bousingot, dont le nom revenait dans toutes les lettres de Taillard à son fils. «Bousingot t'envoie ses meilleures amitiés... Bousingot devient de plus en plus gentil...» A la troisième lettre, intrigué, M. Lecherrier s'était enquis du personnage. Et Gégé, comme une faute, avait dû confesser que le nommé Bousingot n'était autre qu'un petit poney alezan acheté en juillet, à son intention, par Taillard.

Mais, M. Lecherrier, aguerri maintenant à ces manœuvres, avait paru trouver la chose toute naturelle.

—C'est parfait. Seulement, il faut t'entraîner, mon garçon... Que dirais-tu, par exemple, de quelques sorties à cheval avec le maître de manège?...

Puis, le lendemain, il rapportait à Roger un cachet de douze promenades «accompagnées».

Le prestige du jeune chef de camp s'en accrut encore auprès de ses petits camarades du groupe. Quand il passait à cheval, avec l'écuyer en culotte mastic, c'était à qui le hélerait pour faire parade de son amitié ou le complimenter de sa monture. Entre temps, on avait appris que, pour la rentrée, son grand-père lui promettait un petit «tonneau»; et, dans toutes les villas du groupe, à tous les repas de famille, il n'était bruit que de Gégé Taillard, de son Alouette, de son poney et de son tonneau à venir.