Parmi tant de distractions, comme on pense, ses devoirs de vacances avaient cruellement pâti.

Un matin, saisissant le prétexte du départ prochain, Mme Taillard acheva de l'en libérer:

—Bah! tu travailleras en septembre, chez ton père...

Ce que Gégé ne se fit pas répéter deux fois.

Et dès lors, chaque après-midi, le déjeuner fini, au lieu de se morfondre dans les froides analyses logiques ou les funestes règles de trois, il partait avec sa mère en promenade.

Tendrement, bras dessus bras dessous, on s'en allait soit vers la campagne voisine, soit vers la plage, déserte à cette heure. Lucie s'asseyait sur un talus et tirait son ouvrage, tandis que Roger feuilletait auprès d'elle quelque journal illustré. Ou bien, si l'on avait gagné la plage, il cherchait pour Mme Taillard un pliant, et, accoté contre elle, le dos à ses genoux, il jetait devant lui des galets secs qui cabriolaient vers la mer comme dans une frénésie de suicide.

On ne disait presque rien. On allait se quitter. On y songeait. Et, dans le tourbillon de ses plaisirs, Gégé aimait beaucoup ces haltes de mélancolie qui ne l'empêchaient pas, une heure après, de s'amuser tant et plus.

Malheureusement pour Mme Taillard, sa tristesse durait bien au delà. En réalité même, depuis l'arrivée à Dieppe, cette tristesse n'avait pas cessé, et, chaque jour, se faisait plus obsédante.

Parmi les douleurs de la jeune femme, le départ de Roger n'était qu'une blessure prévue. Ses vrais soucis allaient plus loin, vers la vie incertaine et trouble qui s'ouvrait à présent pour elle.