Comment finirait ce divorce? Que lui laisserait-on de Gégé? Et ensuite, sans mari, sans amant, peut-être sans fils, que devenir?... Se remarier? Avec qui et dans quel intérêt?... Se risquer à une liaison nouvelle? Pour combien de temps et sur quelles garanties?... Ses chagrins passés la mettaient en méfiance, ses déboires récents en révolte. Et, pardessus tout, le mystère de tant de questions sans réponses l'affolait.
La pire infériorité des femmes, c'est de ne pas savoir attendre. Au bonheur même, leur impatience ne tolère pas la plus légère inexactitude: s'il n'arrive pas à l'heure dite, les voilà hors d'elles, perdues. Ou bien, danger plus grave, elles se mettent à sa recherche. Dans tout monsieur qui passe elles croient le reconnaître, quittes à tâter d'un autre, en cas d'erreur sur la personne. Et ainsi Lucie en était venue à se demander si le plus simple encore ne serait pas d'accepter sans façon, les offres de service que lui réitérait chaque matin, au Casino, Germain Chavanne, un assez joli garçon à moustache brune, camarade de cercle de M. Lecherrier, bien élevé, plutôt spirituel, et présentant, comme flirt, le maximum des qualités requises.
Cependant une autre solution la tentait. Mais si difficile, si aléatoire que rien que l'aborder lui faisait peur. Il fallut, pour l'y enhardir, la nécessité du dernier moment, juste la veille du jour où Roger s'en allait.
C'était après déjeuner au jardin. M. Lecherrier était remonté faire la sieste. Et comme Roger se disposait à le suivre, pour finir sa malle, Mme Taillard, dans un élan de courage le retint:
—Reste un peu, mon petit... Tu emballeras plus tard... Viens ici... J'ai à te dire un grand secret...
Elle attira Gégé sur ses genoux, et, la tête contre sa tête:
—Écoute bien, mon chéri... Ni moi ni ton grand-père nous ne t'avons jamais soufflé mot de ce divorce, parce que ce sont des choses qui ne regardent pas les enfants... Seulement de toi-même, tu as dû remarquer combien cette affaire s'éternisait!...
—Oh! oui, maman!—fit par politesse Gégé, à qui pourtant le temps n'avait pas semblé long.
—Et sais-tu pourquoi cela dure tellement? C'est à cause de toi... Note bien, je ne dis pas: «par ta faute», je dis: «à cause de toi...» Oui, tous les ennuis viennent de ce que ton père et moi nous ne parvenons pas à nous entendre à ton sujet... Nous voudrions chacun te garder entièrement, ou du moins t'avoir plus... Il en résulte des difficultés interminables... Et c'est pour cela que souvent tu me vois si triste, si préoccupée...
Sa voix fléchissait.