Enfin Thérèse s'écria:
—Allons, monsieur, au revoir... Voilà qu'on m'apporte mes volumes... Ce n'est plus le moment de bavarder... Je retourne à ma place...
Bœrzell s'inclinait, un gros in-octavo sous le bras:
—A bientôt, mademoiselle, j'espère...
—A bientôt, monsieur...
Instinctivement, elle le regarda s'éloigner, entre les rangées de liseurs courbés à leur tâche.
Sans savoir comment, elle le trouvait moins gauche qu'au bal, moins déplaisant, transfiguré.
Il s'avançait d'un air placide, décochant de-ci de-là un bonjour, s'arrêtant pour une poignée de main, s'attardant à un bref colloque, et dans cette atmosphère propice, sa chevelure en broussaille, sa barbe mal taillée, sa redingote luisante, sa silhouette négligée de combattant de l'idée, tous ses désavantages mêmes le servaient. Il bénéficiait de cette beauté passagère que donnent l'aisance et l'autorité dans un milieu approprié. Il était beau comme un chef de bureau dans son cabinet de ministère, beau comme un adjudant à la porte d'une caserne.
—Peuh! le pauvre diable n'est pas si mal, murmura Thérèse en regagnant sa place.
Puis elle se mit à la besogne et l'oublia complètement. Mais comme, à la sortie, elle s'approchait du vestiaire, la voix de Bœrzell retentit encore au-dessus de son épaule.