—Oh! les vilaines pensées!... Est-ce votre séjour aux Frettes qui vous a rendue si morose?
Non, à parler franchement, Zozé s'y était au fond divertie. Les promenades, la nature, la solitude l'avaient ragaillardie, remise de Paris! Car quelle est la femme, en vérité, qu'à un moment donné, Paris ne dégoûte pas? Quelle est la femme qui ne finit pas par en être excédée, des visites, des potins, des théâtres, des couturières, de tout le surmenage mondain?... La campagne avec un ou deux bons amis, comme M. Raindal, par exemple, le repos, une cure de grand air, tel semblait présentement à Mme Chambannes «l'idéal», «le rêve». Et si elle était revenue...
—Mais pardon, interrompit le maître... Pourquoi êtes-vous partie?... Je suis peut-être indiscret en vous rappelant votre promesse...
—Non, pas du tout...
Elle fouillait âprement le sol du bout de son ombrelle, les deux coudes aux genoux, en une pose de méditation.
—Je suis partie parce que j'ai eu des ennuis... Une amie en qui j'avais confiance et qui m'a indignement trompée...
—Ah!... Je vous plains bien! fit-il.
Elle levait les yeux au ciel dans une extase mélancolique. Des langueurs humides glissèrent entre ses cils. La tristesse la transfigurait. Avec son petit col-carcan, si moderne, si masculin, ses traits prenaient dans l'affliction un reflet de sainteté perverse.
—Ainsi vous avez eu beaucoup de peine? fit derechef M. Raindal qui ne la quittait pas du regard.
—Oh! oui, beaucoup!...